Louise

PARIS
LOUISE

JANVIER-MARS 2008
Rue Louise-Weiss, 13ème Arrondissement
26 janvier-8 mars 2008

Intéressant programme d’exposition que celui-ci, signalé par ses  deux directions majeures, en dépit de son éclectisme  et du caractère « mixed médias » de plusieurs des œuvres présentées pour l’occasion : la photographie, le design.
Relevons, pour la photographie, les travaux très contrastés de l’Ukrainien Boris Mikhailov (Galerie Suzanne Tarasiève), de l’Israélien Adi Nes (galerie Praz-Delavallade) et du Norvégien Torbjørn Rødland (galerie Air de Paris). Boris Mikhailov est un documentariste qui n’a pas son égal pour indexer la misère de l’ancien bloc de l’Est, sans la moindre concession. Ses images brutales de déclassés, de marginaux et de pauvres dressent une anthologie nauséeuse des humiliés et des offensés de la vie. Rien à voir avec Adi Nes, dont le travail, d’esprit postmoderne, joue de l’ambiguïté. On se rappelle que Nes, il y a peu, avait fait sensation avec une reconstitution de la Cène de Léonard de Vinci où les rôles du Christ et des apôtres étaient tenus par des soldats de Tsahal en uniforme. Biblical Stories, l’ensemble photographique présenté cette fois, s’inscrit dans une même logique. Ce qu’on pourrait un peu vite prendre pour des portraits documentaires (ceux d’un mendiant, d’une femme seule, de jeunes qui se battent dans la rue…) et pour l’enregistrement de situations prises aujourd’hui sur le vif résulte en fait d’une mise en scène où Adi Nes fait systématiquement jouer une transposition esthétique. De nouveau, un tableau de l’âge classique sert de base plastique à la création d’un cliché photographique dont le contenu appartient à notre présent, l’ensemble s’élevant au rang d’allégorie de la continuité : le monde bouge, certes, mais rien ne change. Torbjørn Rødland, pour sa part, a le culte du mystère, après celui du romantisme où baignaient encore récemment ses images : portraits de personnages au rôle et à la situation indéfinis. Comme les emblèmes d’une identité floue et d’une humanité dont quelque chose s’est perdue, et où le flottement de l’être semble avoir périmé le principe d’affirmation de soi.
Autres propositions d’un réel intérêt, celles qui s’inscrivaient dans la rubrique Design. Et d’abord, à tout seigneur tout honneur, les Cryptogammes de Roger Tallon, le fameux créateur du TGV. Tallon, dans les années 1960, conçoit toute une gamme de mobilier domestique en plastique synthétique, à la fois minimaliste, élégante et d’une grande fraîcheur plastique. Sa production quatre décennies plus tard montre en trois dimensions et à échelle un toute l’actualité du point de vue de cet inlassable concepteur de formes toujours en lutte contre le risque de la « designo-déficience ». Risque d’une déficience du design, ceci étant, que l’on aura eu quelque mal à diagnostiquer tant chez les frères Ronan & Erwan Bouroullec (galerie Créo) que chez les M/M (Paris) (Air de Paris). Les premiers, devenus la véritable coqueluche des partisans de l’inopportunisme et du « pas de côté », n’ont de cesse de configurer l’objet en se défiant de la fonctionnalité : chez eux, un paravent ressemble à un séchoir à tapis et une table à des fragments de banquise…, le tout de manière débridée. Les seconds, M/M (Paris), connus pour leur fascination de la contamination, font quant à eux du Joël Hubaut vingt ans après sans le savoir. Leur stratégie ? Multiplier les signes, en exagérer l’impact jusqu’à saturation par un design libéré et viral, rongeant tout ce qu’il touche.
Versant arts plastiques, pour finir ce tour d’horizon, signalons les propositions à l’égal intrigantes de Monique Prietto (Praz-Delavallade), qui reproduit dans ses peintures des tags dont le modèle lui a été fourni par les murals de Los Angeles, de David Noonan (galerie art : concept), dont les images sous forme de photographies empruntées et re-découpées agencent un curieux univers psychologique à la fois proche de la rêverie et de l’espace expérimental, d’Omer Fast enfin (galerie gb agency), dont la vidéo De Grote Boodschap cultive elle aussi le goût des situations incertaines. Quatre narrations parfois connectées les unes les autres, empruntées au quotidien de personnages hétéroclites, composent dans cette bande, par télescopage, un effet de diffraction du réel. Unité de l’esthétique, désordre des vies, l’une et l’autre en tension.

(Art press, 2ème trimestre 2008)

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