Kader Attia

Paris
Kader Attia
Galerie Anne de Villepoix
17 mai – 28 juin 2008

Kader Attia (France, 1970), a présenté ce printemps sa première exposition à la galerie parisienne Anne de Villepoix. Intitulée Mythes et Poésie du Vide, celle-ci, dans le parcours de cet artiste sensible aux questions politiques, aura témoigné d’une évolution sensible, d’un tournant peut-être : des formes spectaculaires, oui, un propos implicite, oui encore, un appel à l’engagement, non.
Les œuvres, d’abord. Colonne sans fin, détournement de la proposition éponyme de Constantin Brancusi, combine abstraction et allusion. Huit mégaphones, emblèmes de la revendication et de la manifestation populaire, s’empilent les uns sur les autres, du sol au plafond de la galerie. Sans titre, installation de parpaings coupés et alignés au sol comme un parterre, fera diversement penser à une longue vague aplatie ou, de façon suggestive, au dos courbé de musulmans en prière. Connotation religieuse, sinon politique, pas forcément déplacée que celle-ci, au regard, nommément, du diptyque photographique qu’expose aussi l’artiste, intitulé Le vide et le plein. Sur l’un des clichés qu’arbore ce dernier, on distingue en effet le Dôme du Rocher de l’Esplanade des mosquées, à Jérusalem, et sur l’autre, un fragment du mur érigé par les Israéliens en limite des territoires palestiniens, aux fins de protection contre le terrorisme. Sans titre, une autre installation, adopte la forme élémentaire d’une table de bois montée sur tréteaux et couverte de quelques sacs en plastique. On retrouve d’ailleurs ces mêmes sacs dessinés dans une autre pièce de la galerie. À quelle fin ? Pas de signification lisible, l’œuvre reste pour le moins laconique sauf à prendre connaissance d’un texte de l’artiste distribué pour l’occasion. Kader Attia y parle des sacs qu’utilisent les personnes venant quêter de la nourriture auprès des organisme de bienfaisance, dont le contenu modèle la forme, souvent conservée après usage. Évocation, tout à la fois, de la forme contrainte, de sa mémoire aussi, et de la pauvreté qui exclut, ce désastre social.
Le propos, à présent. «  À l’occasion de mon exposition à la Galerie Anne de Villepoix, je présente une série d’œuvres qui illustrent mes recherches sur la notion de l’engagement politique à travers l’art », précise l’artiste, qui ajoute : « Malgré un intérêt à l’égard des questions politiques dans l’art, mon travail tend à s’acheminer vers un regard plus critique sur la légitimité d’une telle démarche. » Pas de dogmatisme, donc : l’œuvre d’art, définitivement, ne saurait être confondue avec le slogan. Du coup, pas de clarté non plus, ni intentionnelle, ni poétique. Ici, l’Histoire sur laquelle l’œuvre se construit ne dit pas ce qu’elle est, sinon, mais alors juste en filigrane, une matrice à créer. Cette discrétion est bienvenue : elle rompt avec le discours en général tonitruant et sectaire de l’œuvre d’art engagée. Elle est aussi équivoque. L’artiste ne dit rien, ne décrète rien, il renonce à nous enrôler. Avec cette conséquence que jugeront funeste les partisans de l’expression radicale : le plein (politique) s’évanouit, ne reste que le vide (esthétique).

(Art press, 3ème trimestre 2008)

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