BRIDGET RILEY

Paris
BRIDGET RILEY
Musée d’art moderne de la Ville de Paris
12 juin-14 septembre 2008

C’est en 1965, lors de l’exposition The Responsive Eye (MoMA, New York) consacrée au thème Jeux plastiques et perception visuelle, que la Britannique Bridget Riley entre sur la scène de l’art, à trente quatre ans. Après quelques toiles inspirées de Seurat et du divisionnisme, Riley met au point ce qui sera resté depuis un demi-siècle sa signature : le tableau abstrait géométrique aux effets visuels dynamiques.
Présentée dans sa quasi totalité par cette exposition construite chronologiquement (soixante peintures grand format, quatre vingt dessins), l’œuvre de Bridget Riley peintre ou dessinatrice apparaît comme une patiente succession de mises au point optiques et perceptives, dans ce sens toujours, qui lui tient de principe poétique : l’ordre plastique comme vecteur de désorganisation visuelle et de sensations perspectives instables. Tableaux noirs et blancs des années 1960, toiles valorisant les interactions colorées des années 1970, peintures courbes réalisées dans la foulée, jusqu’aux créations les plus contemporaines, plus coloristes, aux accents de gouaches découpées matissiennes déclinent un même credo : la forme importe à condition, dans l’œil du spectateur, d’instiller la surprise, une excitation sensorielle née d’une anomalie plastique inattendue (distorsion paradoxale, régularité soudainement brisée de lignes ou d’agencements géométriques peints…). « En tant que peintre abstrait, je commence par des éléments très connus, plutôt ennuyeux, déclare l’artiste ; en continuant à travailler, je peux arriver à un point où je suis moi-même surprise, fascinée par la rencontre avec la sensation pure. J’ai à ce moment-là le sentiment d’être sur la voie qui me conduira à faire un tableau. » Une des œuvres spécialement réalisées pour cette exposition, de nature éphémère, s’appuie sur une caractéristique bien connue de l’architecture scénographique du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’existence d’un long et haut mur courbe. Avec brio, Bridget Riley y inscrit une peinture murale intitulée Composition avec cercles 6, fort opportune dans ce cadre précis, jeu pertinent de courbes et de contre-courbes visuelles venant comme naturellement s’appareiller à l’accueillante courbure du mur proprement dit.
Les rétrospectives monographiques ont du bon, notamment en termes pédagogiques, sous condition de ne pas faire de ces moments de focalisation éminente des monuments à la gloire d’un(e) seul(e). Que Bridget Riley ait souhaité s’inscrire dans la lignée du post-impressionnisme, plutôt que dans celle de l’Op Art dont vient son inspiration première (l’artiste, à un moment donné, a dit sa dette envers Vasarely), voilà qui est tactiquement compréhensible. Dans le cas contraire, c’eût été reconnaître que l’essentiel de son travail, loin d’être pionnier, était en fait épigonal, un héritage de Duchamp (les Rotoreliefs), de Eggeling et de l’art cinétique (Agam, Bury, Soto, Cruz-Diez, Gruppo N, GRAV…), grands expérimentateurs en matière d’effets plastiques dynamogènes. Rappeler ce point d’histoire ne diminue pas les mérites de Riley mais re-calibre son œuvre à sa juste mesure. Création géniale que celle-ci, assurément non. Plutôt, une contribution de qualité, moins expérimentale cependant qu’académique, à l’art considéré comme une formule exclusivement rétinienne.

(Art press, 3ème trimestre 2008)

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