1ER CONTACT A ISSY-LES-MOULINEAUX

1ER CONTACT A ISSY-LES-MOULINEAUX
Préfigurer la ville numérique

Créée à l’initiative de l’espace multimédia Le Cube, de l’association ART3000 et de la municipalité d’Issy-les-Moulineaux (une ville moyenne, en ceinture parisienne, réputée pour son intégration des TIC, « Technologies de l’Information et de la Communication »), la manifestation 1er Contact se présente comme une biennale des arts électroniques. Biennale particulière, en l’occurrence, où les œuvres présentées le sont uniquement dans l’espace public. L’objectif de Forent Aziosmanoff, commissaire de 1er Contact et artiste, n’est pas d’abord décoratif ou animationnel, comme le sont si fréquemment les opérations distribuées à même la rue ou les lieux de vie collective des citadins. Le propos esthétique prend ici, plutôt, des airs de préfiguration. D’ores et déjà, la ville future, la cybercity, peut être envisagée comme un espace communicant, tapissé de panneaux d’information digitaux et tissé de réseaux interconnectés, espace avec lequel l’usager se trouve naturellement en contact et peut entrer en résonance. L’interactivité, dans cette nouvelle structure urbaine — une véritable entité « ré-agissante » — , s’avère consubstantielle. Reste donc à imaginer, en surcroît de l’offre de contenu pratique offerte par la cybercity, ce que les artistes pourraient y acclimater de leur propre production, en faisant valoir l’art comme contrepoint ou comme addendum poétique ou critique.
Les quelque quinze œuvres présentées par 1er Contact se signalent d’emblée par leur facture participative. Positionnées dans des lieux de transit, de station ou de détente (square, médiathèque, arrêt d’autobus, trottoir, sortie de magasin, panneau de signalisation…), bien visibles de jour comme de nuit (présentation sur écran numérique), toutes jouent sans exception avec le passant une partition relationnelle. Quelques exemples. L’autoportrait vidéo que nous offre Damaris Risch (À distance) réagit à notre présence ainsi qu’à notre attitude à son égard, entre retrait, pudeur et joie, comme s’il en allait d’une expression incarnée. Les paysages filaires de Miguel Chevalier (Sur-Natures), de même, se révèlent sensibles à notre proximité physique : ils croissent ou se meuvent sur leur tige en fonction de notre position dans leur alentour, jusqu’à ployer poliment vers notre regard en une révérence aussi insolite que gracieuse. Avec Florent Trochel nous est proposé de « dompter des nuages » — sous nos pas, en fonction de notre élan, de nos gestes et de leur vitesse, l’image de nuages se fait et se défait alternativement, comme si nous marchions sur le ciel. Adepte du roman génératif, Jean-Pierre Balpe recourt aux panneaux d’affichage électronique municipaux pour nous associer à une fiction — les relations d’un couple — avec laquelle chacun a tout loisir d’interférer, en se servant de son téléphone portable (Fictions d’Issy). Utilisant de façon simultanée le direct, la capture d’images et la retransmission différée, Vincent Lévy, avec Fantômes, soumet pour sa part le spectateur à un curieux ballet de spectres, dont celui-ci participe d’ailleurs à plein. Filmé à son insu, le spectateur voit parallèlement son image restituée de manière proportionnelle à la durée de sa station devant l’œuvre, entre figuration spectrale et représentation tangible. Quant à Thierry Bernard, avec Blobmeister Millennium Bash, il nous convie à assister en temps réel aux cotations frénétiques du NASDAQ, pour la circonstance esthétisées sous la forme d’un incessant ballet de molécules : des formes globulaires rouges pour les valeurs à la hausse, et vertes, pour celles à la baisse, se poursuivant ou se fuyant les unes les autres…
Le premier mérite de 1er Contact est de nous offrir un casting original, ouvert à la plus jeune création, sans héros récurrent de l’art, une donnée pas si fréquente aujourd’hui. Le second, de laisser entrevoir la richesse potentielle d’une création — pour l’essentiel encore à venir, convenons-en — où les rôles de l’artiste et du spectateur sont forcément appelés à muter sinon à jouer de l’échange de prérogatives, sur fond de péremption des attitudes passives ou contemplatives. Troisième point d’intérêt de cette manifestation qui gagnerait à grossir (le trop faible nombre d’œuvres exposées, à cet égard, ne manque pas de frustrer le spectateur) : sa volonté d’échapper au « technokitch » et à la création gadget. Fini le temps des fils apparents et de l’exposition du dispositif technologique, sur un mode totémique fasciné. Les œuvres valent à présent comme message, autant que comme médium, la technique y redevient un outil, non un dogme. Signalons à ce propos l’excellente maîtrise des effets aléatoires dont témoignent la plupart des œuvres présentées, gage d’attention et d’un rapport autrement fécond avec celles-ci, fait d’inattendu et de jeu, socle d’une mise en rapport authentiquement proxémique. Vers une nouvelle conversation.

(Archistorm, 2ème trimestre 2008)

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