TIERY B.

Galerie Pierre-Alain Challier
11 janvier-9 février 2008

Écrivain-photographe né voici trente quatre ans dans l’est de la France, Tiery B. est à sa manière propre un héritier de Pierre Klossowski. On se souvient que l’auteur de la Révocation de l’Édit de Nantes, au terme d’un long temps consacré au roman, renonça sur le tard à l’écriture au profit du dessin. Ce faisant, Klossowski recherchait une formulation plus directe, plus sensitive aussi, de ses fantasmes d’auteur. Tiery B., qui a écrit deux romans, a pareillement choisi de se concentrer en priorité sur l’image, photographique en ce qui le concerne, en une identique quête de concordance entre le vif et l’exprimé. « La photographie est venue lorsque j’ai réussi à faire le deuil de l’écriture, explique-t-il. L’écriture avait tendance à magnifier ce qui pouvait traverser ma vie. Elle était plus trompeuse. En revanche, en photographie, je veux restituer quelque chose vécu dans l’instant, quasiment sans réglages, sans artifices. »
« Vérité » du roman, sous l’espèce notamment de l’autofiction, contre « vérité » de l’image ? On se gardera bien de trancher, en relevant que la représentation, dans l’un et l’autre cas, mène le bal. Quelle représentation, s’agissant de Tiery B. ? Celle de sa vie au quotidien, sexuelle et amoureuse principalement, que le photographe restitue pour l’occasion avec un sens aigu de la sensualité et de l’esthétisation mesurée, dans ce but toujours, l’incarnation. Les images de Tiery B., sur le modèle de l’inventaire existentiel, sont le résumé de son existence vive, à rebours de la contemplation. Vues de lieux diversement exotiques, de compagnons de rencontre dont le photographe a pu partager l’intimité, alors restituée en live et sans fioriture (belles scènes d’amour gay, sans complaisance mais valorisant l’intensité des jeux charnels, plus que leur crudité), de sites naturels d’une beauté fréquemment sauvage se surajoutent ici en un kaléidoscope visuel dont le maître mot est l’arrangement. Présentés de manière autonome ou agencées en polyptiques ou en diaporamas, les clichés de Tiery B. exsudent un souci permanent pour le cadrage, le montage, le travail d’assemblage après coup. Requalification visuelle et, partant, symbolique. Tiery B., d’un même allant, vit et regarde sa vie. Tel est le paradoxe de ce travail, au demeurant, qui exalte ce que la vie connaît de plus vif en le maintenant pourtant à distance, de manière à bannir tout expressionnisme, tout abandon.
Pour solde de tout compte, une rimbaldienne « saison en enfer », journal initiatique écrit avec l’oculus photographique, promenade entre des corps et des ambiances que l’esthétisation de l’image jamais n’annule, pour ce résultat : l’omniprésence de l’humain, en dépit de l’image.

(Art press, 1er trimestre 2008)

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