Surexposition : Duchamp, Man Ray, Picabia – Sexe, Humour et Flamenco

PARIS
SUREXPOSITION : DUCHAMP, MAN RAY, PICABIA – SEXE, HUMOUR ET FLAMENCO
Passage de Retz
19 mars-15 juin 2008

L’intitulé à rallonge de cette exposition consacrée de manière conjointe à Marcel Duchamp, Man Ray et Francis Picabia donne le ton : intitulé « photographique » peut-être (« surexposition » sonne comme un légitime hommage à Man Ray) mais bien d’abord, événementiel. Surexposition ? Oui, si l’on se souvient que cette exposition parisienne a ouvert ses portes quelques semaines à peine après une autre exposition présentée, celle-là, par la Tate Modern (21 janvier-26 mai 2008), consacrée elle aussi aux trois mêmes artistes ! Abondance de biens culturels, certes, ne nuit pas, même si l’on suppute qu’il a pu exister entre les deux propositions, celle, française, de Jean-Hubert Martin, celle, londonienne, de Jennifer Mundy, des tensions, sinon des désaccords de points de vue. Quant à la seconde partie de l’intitulé, « sexe, humour et flamenco », elle en réfère à l’axe propédeutique suivi par Jean-Hubert Martin, qui s’est souvenu que l’art du fameux trio, formé à l’enseigne de Dada et décidément érophile, relevait souvent de la blague plus que de la sédition esthétique programmée, et que Picabia, autant que les machines, les automobiles et les femmes, goûtait le flamenco, d’ailleurs pas si loin de la mécanique (la saccade des gestes) et de la femme appréhendée comme monstre de sexualité (le désir lascivement dansé).
« Lorsque trois gaillards décident d’en découdre avec les conventions d’une société bloquée, écrit Jean-Hubert Martin, deux voies s’offrent à eux : le militantisme politique ou l’art. La première voie implique une conscience sociale et l’édification de règles, la seconde est individuelle et libertaire. Pour tous trois [Duchamp, Man Ray, Picabia], l’anarchisme s’est profilé comme une tentation politique, mais l’art avait l’avantage d’autoriser le paradoxe, le non-sens et la transcendance des règles morales. À la révolution dans la rue, ils préférèrent la révolution en chambre. » Une révolution en chambre, c’est bien là, non sans bonheur, ce que l’exposition du Passage de Retz a tenté de mettre en forme en privilégiant l’accumulation d’œuvres de petite taille et de consultation domestique (pour vivre heureux vivons cachés), outre quelques reconstitutions évoquant les conspirations en milieu retranché. Citons ainsi La Femme, de Picabia (en fait, une machine de cycle alternatif), le Trompe-l’œuf de Man Ray ou, de ce dernier, La Bicyclette, aquarelle tardive mais beau point de vue en contre-plongée sur une vulve féminine ; encore, maintes réalisations de Duchamp, originales ou dupliquées après coup (la célèbre Fontaine ou le Prière de toucher), dont le très graphique Autoportrait de l’artiste, réduit à la signature même de Duchamp. Quelques références, précisons-le, parmi bien d’autres propositions d’une même (très) haute tenue : on louera pour l’occasion une sélection pointilleuse mais aussi tout l’intérêt du recours à des prêts privés, bienvenus.
Cette exposition roborative, aux forts influx vitalistes, a été vernie – est-ce un hasard ? – le jour de l’arrivée du printemps. Le souffle d’air dispensé sur ses cimaises, à la fois chaud (l’érotisme du contenu, revigorant) et rassérénant (l’humour communicatif des propositions plastiques, mettant de bon humeur) signale que l’art, décidément, c’est la vie, comme le voulait Dada. Et la vie, en certains cas, une euphorie.

(Art press, 2ème trimestre 2008)

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