Andreas Lutz & Anders Guggisberg

Centre Culturel Suisse
14 février-19 avril 2009

Andreas Lutz & Anders Guggisberg, zurichois, travaillent ensemble depuis 1996. Difficile de classer ce duo dont les « manières » artistiques sont pour le moins diverses : l’installation, la sculpture, la compilation surtout, sous la forme de présentations de collections de photographies ou d’objets de forme convergente.
Généreuse sur le plan de l’offre plastique, cette exposition aura confirmé l’inflexion des duettistes helvétiques à un art « expanded », militant en toute euphorie pour l’expansion indéfinie des formes plastiques. La meilleure preuve : l’invraisemblable plateau géant, d’un blanc immaculé, qu’Andreas Lutz & Anders Guggisberg ont fait courir dans la quasi-totalité de l’espace du Centre Culturel Suisse, depuis l’entrée jusqu’à l’étage. Cet immense déroulé, qui évoque les grandes maquettes d’architecture qu’utilisent les urbanistes, cumule les formes improbables, rappelant, mais alors de loin, le bâti architectural. Un traitement total en plâtre, à l’effet de blancheur neutralisant, achève de rendre cette proposition ambivalente : maquette ?, sculpture ?, rêverie sur un monde post-humain plus ou moins indiscernable, d’une nature incertaine ? Les autres réalisations de Lutz & Guggisberg, pareillement, donnent le change : une forêt de sculptures aux formes molles et brancusiennes sont stockées, comme en attente d’une livraison ; des nains de jardin disparaissent sous une coulée de plâtre ; des photographies alignent comme à la parade des vues paysages suisses, quoique ceux-ci soient plutôt quelconques… L’appropriation, la diversion, le kitsch.
L’univers d’Andreas Lutz & Anders Guggisberg, tard venu dans l’art dit d’accumulation, est forcément tissé de références. La première qui s’impose à l’esprit convoque les mânes de Robert Malaval, dont le cycle de L’Aliment blanc, dans les années 1970, incarna de façon quasi pionnière, après Kurt Schwitters, la volonté poétique de la prolifération : l’œuvre d’art doit déborder de toutes parts, ne s’arrêter à rien, ni spatialement, ni thématiquement. Seconde référence dont semble nourrie la production siglée Andreas Lutz & Anders Guggisberg : le « style » Fischli et Weiss, l’humour en moins et l’incertitude en plus. On retrouve ici, à l’image des créations de cet autre duo helvétique, une même tension à s’approprier tout ce qui passe à portée, en se gardant bien toutefois d’affirmer quoique ce soit avec clarté. La création, c’est-à-dire le doute, croirait-on.

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