Moral Imagination

Leverkusen

Museum Morsbroich

7 févr.-26 avril 2009

Initialement présentée, l’automne dernier, au Kunstmuseum de Torgau, cette exposition collective a pour objet, précise son sous-titre, « L’art contemporain et le changement climatique » [Contemporary Art and Climate Change]. Ses deux commissaires, Dorothee Messmer et Raimar Stange, s’y interrogent sur les réponses, d’ordre symbolique ou plus factuelles, que peut apporter l’art actuel en matière écologique dans la situation d’urgence climatique que nous connaissons. Des réponses, constatent-ils, redevables du concept d’« imagination morale » développé par le théoricien écologiste allemand Günther Anders (1902-1992). Par cette formule, ce dernier prend acte, quand une situation difficile nous est imposée, de la capacité humaine à envisager une réalité refondue, éthiquement plus conforme à nos attentes, privées comme collectives.

En quoi la problématique portant cette exposition, au-delà du consensus écologique, s’avère-t-elle d’importance ? Pour des raisons esthétiques, plus que strictement éthiques. Faire un geste pour la Planète, tout le monde en est d’accord et s’y prête de plutôt bonne grâce (peut-être pas au point, toutefois, de remiser à la casse, généreux émetteurs de C02, nos Hummer et autres Chevrolet Corvette, ces objets « plus » de la geste héroïque de l’Occident contemporain…). L’important, pour l’occasion, réside ailleurs et, puisqu’il s’agit d’art, dans cet enjeu : comment, artiste, rendre compte de l’actuel réchauffement climatique ?, qu’en dire, à quelles fins descriptives, militantes voire morales ? « Esthétiser » la figure ou la matière, la joie ou la douleur de vivre, la beauté du monde, la violence ou la douceur des rapports humains, donner forme à ces traditionnels sujets de la création plastique, voilà qui n’est guère inédit, et qui inscrit l’artiste au travail dans une longue tradition méthodologique. Mais « dire » la fumée nauséabonde qui sort d’une cheminée d’usine, la trace des 4 X 4, ces gros pollueurs honteux, labourant nos campagnes qu’on voudrait édéniques, la lancinante blessure corrosive qu’incarne une coulée d’acide d’origine industrielle attaquant le sol sacré de Gaia la Terre, notre Mère primordiale ? Beaucoup moins facile assurément, avec pour risque la déclaration d’intention la plus convenue ou la plus bien-pensante qui soit.

Deux figures tutélaires servent ici de socle à l’exposition, celle de Gustav Metzger, dont le fameux Model For Stockhom, June, Phase 1 (1972, une œuvre réalisée tardivement, lors de la biennale de Sharjah, en 2007), prévoit d’enfermer dans une serre étanche les émissions d’échappement de cent vingt voitures garées, moteur tournant, autour de celle-ci ; celle encore de Gordon Matta-Clark, dont est présenté le fameux Fresh Air Cart (1972 également), un distributeur mobile d’air pur à destination des passants de Manhattan. Ces deux propositions offrent un double axe méthodologique, que suivent pour l’essentiel la plupart des artistes de l’exposition, le constat dénonciateur d’une part, le principe du Care, du « soin », d’autre part. Côté témoignage, on relèvera ainsi les documentaires d’artiste très fouillés d’Ursula Biemann, les atlas géographiques de Marie Velardi consacrés aux îles qui auront disparu dans cinquante ans suite au graduel relèvement du niveau des océans, les mises en images de la pollution atmosphérique de Christoph Keller, balançant entre pure poésie sensible et représentation sans équivoque, parmi d’autres. Pour le « soin », on retiendra surtout les propositions de Leopold Kessler ou de Dan Peterman, qui mettent en avant la nécessité du recyclage. L’art, s’il transforme le monde en y injectant des formes nouvelles, peut aussi le rédimer en lui offrant de belles réalisations concrètes, à l’instar des meubles ou des abris pour Homeless, faits avec des matériaux récupérés, de Peterman, objets utiles autant que produit artistique original.

Ceci ne nous dispense pas, hélas !, de quelques propositions creuses à prétention réparatrice. La pire est signée du très en vogue Philippe Rahm avec l’immaculé Glissement construit, installation-gadget combinant plate-forme de repos de style minimaliste éclairée au néon et fontaine de distribution d’eau pure, le tout livré avec un laïus technico-futuriste vantant les vertus écologistes de l’architecture de l’ère post-industrielle. Un épate-gogos paré toutefois de cette vertu cardinale à l’heure du réchauffement climatique : permettre au visiteur, de manière opportune en ces temps de chaleur croissante, de se désaltérer.

(Art press, 2ème trimestre 2009)

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