Moto, Décembre 2009. Quand les os gèlent (Extrait)

Un jour froid de décembre, je pars donner une conférence à l’autre bout du pays. Je roule sur une Suzuki 1100 GSX R modèle 1987 – une sportive réputée pour son caractère spartiate, sur laquelle le contact physique, corporel, avec la matière mécanique est particulièrement prégnant. Je roule des heures durant, le jour avance, le froid me gagne comme il gagne dans le même temps la terre, un brouillard de plus en plus opaque descend du ciel et baigne bientôt le paysage. Les gouttes de condensation gèlent sur mon casque, sur mes gants, sur les leviers en aluminium de la machine, le froid peu à peu me saisit de cette manière sournoise et anesthésiante qu’a le froid de saisir un motard, depuis l’intérieur, comme si d’abord les os gelaient. La visibilité se réduit. Je m’arrête bientôt sur une aire d’autoroute et reste là, assis sur la machine, dans le silence. Plus le temps passe, plus je ressens avec intensité comment la moto, sur laquelle je suis resté assis, cette moto qui m’a entraîné jusque dans cette zone isolée, glaciale, tandis que le jour se retire dans un épais brouillard, me fait descendre un par un les différents étages de ma solidité. Comment elle m’amène à ce point d’inertie et de fixité où je ne puis que douter de moi-même – ma résistance, mon courage seront-ils assez grands pour me permettre de repartir ? Le fait est qu’elle est là, comme moi, à ceci près qu’elle peut repartir sans effort n’importe quand. L’effroi.

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