Londerzeel N°1

Londerzeel N°1 (Kris Van Assche, directeur artistique) .

Texte de Paul Ardenne sur l’artiste américain Matt Saunders, qui expose aux côtés de Kris Van Assche à la Galerie des Galeries (Galleries Lafayette, Paris).

INCARNATIONS – DESINCARNATIONS

Adepte de la “photo-based representation”, Matt Saunders s’est fait connaître comme peintre copiant des photographies. Ce travail aux accents conceptuels, réalisé dans la foulée de pionniers aussi célèbres que Gerhard Richter ou, plus près de nous, Luc Tuymans, qualifie ses images comme des formules à la fois descriptives et interrogatives. Que « peint » exactement Matt Saunders ? Les portraits que cet artiste américain a consacré ces dernières années à des acteurs tels que Buster Keaton, Hertha Thiele ou Asta Nielsen sont “de seconde main”, et, qui plus est, ceux de personnes défuntes. Leur raison d’être pourrait bien être intime. Démarche plastique à dessein sibylline que celle-ci, dont on pressent cependant la nature préservatrice : peindre, c’est faire revenir, indexer mais aussi ressusciter. Le recours au noir, au gris et au blanc, caractéristique des travaux de l’artiste, est révélateur. Matt Saunders opère en archiviste. L’important, pour lui, n’est pas tant de restituer au sujet peint sa physionomie réelle que d’en compiler l’image dans des séries où la vie, le sentiment même de l’existence, sont redonnés. Aucun doute : l’art est bien une stratégie de salut.

En octobre dernier, Matt Saunders s’est impliqué à sa manière propre, en reporter armé d’un appareil photo, dans la préparation de la collection Femme Kris Van Assche pour l’été 2010. S’il a accompagné Kris Van Assche dans ses travaux d’essayage, il a aussi suivi les préparatifs des mannequins, jusqu’à leur défilé. Les peintures nées de cette immersion dans le monde de la mode, jusqu’alors resté étranger à l’artiste, reprennent à la lettre ses standards de peintre : calque méthodique de photographies, effet de noircissement et travail par séries (visages, portants…), comme si l’artiste recherchait quelque vérité policière, sur le mode de l’enquête méthodique. Compte-rendu non déguisé de la face cachée de la création vestimentaire, de sa part d’ombre comme de sa nature besogneuse, cet ensemble peint peut être abordé en fonction de différents registres, entre documentaire et entreprise d’esthétisation systématique, entre réflexion sur les vertus de l’image copiée et attachement indéfectible à la peinture, ce médium définitivement inusable, riche de ses vertus de phénix. Il résulte de cette remise à plat un effet troublant d’incarnation et de désincarnation mêlées. Les formes, à la fois, s’ouvrent et se closent sur elles-mêmes, sans livrer jamais ce que serait leur sens manifeste, déclinaison continuée du mystère de l’art et conjugaison de ses sortilèges.

ABSENT – PRESENT

A practitioner of “photo-based representation,” Matt Saunders has made a name for himself as a painter who copies photographs. In this conceptually inflected work, exploring a path broken by such famous pioneers as Gerhard Richter and, more recently, Luc Tuymans, the images are at once descriptive and interrogative. What exactly is Matt Saunders painting? The portraits made by this American artist over the last few years, these representations of Buster Keaton, Hertha Thiele, Asta Nielsen and others, show not only “second-hand” images, but individuals now dead. Who knows, perhaps he painted them for personal reasons. But if the approach itself is sibylline, we can also see that this is an art which works to preserve: to paint is to bring back, to index, to resurrect. Saunders’ characteristic use of black, grey and white is revealing in this respect: he proceeds as an archivist. What matters to him is not so much to recapture the individual’s real physiognomy as to fit his or her image into a series in which what is restored is life, the very feeling of existence.
Without doubt, art here is a strategy of salvation.

Last October, Saunders got involved in the build-up to the show of Kris Van Assche’s summer 2010 Women’s collection. Camera in hand, he witnessed the fitting sessions and watched the models getting ready and striding onto the catwalk. The paintings resulting from this immersion in what, for this artist, had previously been the alien world of fashion, follow the painter’s standard procedures: methodical transposition of photos, darkening, seriality (ensembles of faces, racks, etc.). It is as if the artist were seeking truth in the manner of a detective, pursuing a methodical  investigation. A bald account of fashion’s hiddenface, of its dark spots and its toil, this ensemble of paintings can be read in a range of registers: between documentation and systematic aestheticisation, between reflections on the virtues of copied images and an unswerving attachment to painting, that inexhaustible phoenix of a medium. The result of this inventory is a disconcerting effect of embodiment combined with disembodiment. The forms are both open and closed, so that they never simply offer what would seem to be their manifest meaning. Here is a continuing exploration of art’s mysteries and a mixing of its spells.

English translation : Charles Penwarden.

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