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Festival Imagine : 1968 – 2018, demain au Centre Pompidou

Samedi 28 avril à 15h20 – Session / Artistes & contestation / Paul Ardenne, historien de l’art ; Gérard Fromanger, peintre ; Camille Louis, artiste et philosophe

Centre PompidouÉvénement public et gratuit

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Juste avant la soumission (et à toutes fins, si possible, de la retarder)

Conférence Université La Cambre – Bruxelles – 5 février 2018

De manière un peu provocante, et sans doute quelque peu exagérée, j’ai intitulé mon intervention « Juste avant la soumission (et à toutes fins, si possible, de la retarder) », en pointant d’office, à travers ce titre quasi programmatique, que la soumission culturelle était à venir bientôt et que nous étions à son orée. Soumission culturelle, c’est-à-dire soumission à qui et à quoi exactement ? Et vécue de quelle façon : dans le sentiment du malheur, dans celui du bonheur ? D’emblée, il faut se méfier des formules choc, celles dont raffolent les simplificateurs de tout poil et les amateurs de slogans, adeptes d’une pensée courte qui n’est pas la mienne ou du moins, que j’essaie le plus possible de ne pas faire mienne.

Soumission culturelle – de quoi parle-t-on ? S’agissant de définir celle-ci, en généralisant mais pas trop, on pointera l’affermissement d’une nouvelle économie de la culture, dans les pays de libre culture en tout cas, non inféodés au contrôle politique ou religieux, caractérisée par l’intégration.

« Intégration » ?

Ce qui apparaît de plus en plus clairement, en effet, c’est le rôle régulateur de la culture, son rôle non plus seulement de divertissement (la culture pour nous occuper, comme nous occupent le foot ou les vicissitudes de la vie politique démocratique) mais de colonisation douce des consciences au moyen de produits culturels conventionnels. L’emprise financière sur la culture, qui est aujourd’hui un marché florissant, la puissance des relais médiatiques, qui n’ont pour l’essentiel plus aucune curiosité et se contentent de relayer l’information prémâchée d’agences de presse elles-mêmes cornaquées par des agences de communication, aboutissent à la survalorisation exclusive de produits culturels que l’on va dire « moyens », passe-partout, acceptables et assimilables par le plus grand nombre, sur fond de « fabrique du consentement », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Noam Chomsky. Un même film, un même roman, une même exposition, un même album musical, d’un bout à l’autre du pays ou du « Système Monde », vont être lancés de façon publicitaire puis valorisés par maints canaux, télévisuels, radiophoniques, de presse ou relevant des réseaux sociaux, jusqu’à confiscation et saturation de l’intérêt public puis privé.

Ce principe promotionnel n’est pas nouveau, bien sûr. Il a seulement pris dans la période récente, du fait de l’élargissement mondial de la communication instantanée sur le Web, une nouvelle importance, et acquis une efficacité redoutable. Voici venu le temps non plus des œuvres de création mais bel et bien, des œuvres de création et de promotion conjuguées.

Notre « soumission » culturelle (je mets sciemment le terme « soumission » entre guillemets, pour signifier son sens ici potentiellement élargi, à même de signifier diversement notre aliénation, notre consentement, notre lâcher-prise ou notre refus de nous opposer) commencerait en somme là, par le constat de notre intégration de plus en plus avérée et acceptée à un système de culture et de médiation de la culture qui nous laisse de moins en moins le choix de nos dilections et qui les oriente et les nourrit. Jusqu’à ce point : oublieux que nous sommes, en démocratie, sommés de construire nos vies, de faire valoir nos options personnelles, de valoriser nos représentations – sachant que le principe un.e citoyen.ne-une voix a sa correspondance dans le principe un.e citoyen.ne-une représentation –, nous nous donnerions sans discuter à ce que je vais appeler « la culture qui passe », celle qui nous est offerte par des médias devenus envahissants eux-mêmes assujettis à des agences de communication devenues surpuissantes elles-mêmes liées à des structures de création ou d’orientation de la culture plus puissantes encore : les grandes maisons d’édition ou de production musicale, les majors du cinéma, du théâtre, du cirque, de la bande dessinée, de l’art. Un exemple récent de cette situation, entendrait-on en donner une illustration concrète, a été fourni en France, en 2016, par le phénomène médiatique hyperbolique qu’a représenté à la Fondation Vuitton la présentation de la collection d’art Chtchoukine, venue de Moscou. Une semaine durant, tous les médias télé, radio, Web et papier n’ont eu de cesse de traiter en boucle de cette exposition à grands renforts d’émissions spéciales et de reportages ciblés, sans une once de critique, dans le mouvement d’un acquiescement unanime dont l’effet a été de drainer des centaines de milliers de spectateurs jusqu’à l’orée du Bois de Boulogne, siège de cette fondation appartenant au groupe LVMH, le plus important au monde dans le domaine de la mode, et cela depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir, avec des listes d’attente. Parfaite opération de charme que celle-ci, propice à tous niveaux à déclencher l’adhésion. La concaténation qui opère pour l’occasion est parfaitement huilée, chaque maillon de la chaîne ayant vocation à propulser l’opération vers le succès total. L’exposition, ce sont ici tout à la fois des œuvres modernes à présent devenues des icones, un grand nom de la mode, un cadre prestigieux de type starchitecture (le bâtiment de la fondation Vuitton « looké » par Frank Gehry), une adhésion médiatique totale et servile. La recette miracle.

L’erreur sans doute, sur un mode paranoïaque, serait de croire que cette situation relève d’un complot, ou d’un projet bien senti d’assujettissement, de mise au pas des consciences, de domestication en sous-main. Il est à craindre, hélas !, que tout soit en vérité plus simple, plus conséquent. Nos mentalités postmodernes, de la sorte, se sont habituées depuis les années 1970 à l’idée, sans doute vraie, qu’il n’y a pas en art de vérité mais plus sûrement, des représentations multiformes du monde, parfois convergentes, parfois contradictoires, bref, une offre potentiellement infinie d’expressions culturelles en tout genre. Libre à nous, qui cherchons notre voie dans cette vie et qui ne croyons plus qu’il y en ait une autre, d’aller d’une de ces expressions à l’autre, en favorisant tantôt un bord de la création et tantôt l’autre. Or que pointer de cette sémio-navigation incertaine, de cet errement dans le champ des créations culturelles sinon qu’ils accentuent notre vulnérabilité aux « produits », aux œuvres publicitairement proposées à l’attention générale, celles qui s’avèrent les plus visibles ?

En l’occurrence, nous vivons dans des démocraties libérales pour lesquelles la liberté implique autant la liberté d’être créatifs que d’être passifs, autant la liberté de créer sa vie et ses propres représentations que celle d’entreprendre et de faire de cette création vitale et de ses représentations un objet de commerce. La démocratie a pour effet organique de ramifier la création. Un.e citoyen.ne-une voix, c’est potentiellement un.e citoyen.ne-une œuvre. Ce potentiel a sa conséquence, la multiplication hyperbolique et « surgissante » des expressions en tous genres, artistiques notamment, sur le mode d’un flux interrompu, sans cesse réenrichi, sans délai relancé par de nouvelles expressions venant périmer l’expression acquise à peine celle-ci formulée. Avec cette conséquence, en termes de choix culturel : à quel saint se vouer ?, vers quelle représentation aller ?, quoi privilégier culturellement ? La question du choix, au vu de cette situation, devient cruciale – un choix difficile à opérer, sans cesse soumis à des changements de points de vue, à des allers et retours toujours plus erratiques. Ce choix, on le pressent, le mécanisme de la promotion intensifiée et omniprésente a alors tout loisir de le capter, de l’orienter, de le satisfaire et ce, en nous évitant trop de curiosité, tandis que prioritairement nous réduisons notre ouverture au champ créatif à l’offre rendue visible par la grande mécanique promotionnelle.

Pas de complot, donc, mais un nouveau rapport de moins en moins personnalisé à une culture elle-même de plus en plus riche, exfoliante, diversifiée et ouverte, et dont la richesse même offre de quoi emplir au jour le jour des pages entières de journaux, de revues, de sites web, de magazines télé. Face à cette offre qui excède notre demande, bienheureuse et bienheureux celle ou celui qui trouvera le temps d’opérer une sélection fine, en rapport avec ses seuls intérêts propres. De même, et en envisageant cette réalité, cette fois, non plus sous l’angle de la consommation culturelle mais de la création culturelle, bienheureuse et bienheureux celle ou celui qui pourra garder le cap, se tenir sans dévier à ses propres gènes créatifs tant les principes d’influence, d’interférence et de contamination viennent ici jouer à plein. La richesse culturelle, de façon paradoxale, n’a pas toujours pour caractéristique de favoriser la diversité, elle a contradictoirement pour effet, souvent, de niveler la créativité, en ceci : elle pousse les créateurs à se conformer aux modèles créatifs qui triomphent, processus qui a pour effet mécanique de marginaliser les modèles créatifs originaux croissant hors de la sphère de la reconnaissance, de la visibilité publique et du succès. On peut le regretter mais c’est ainsi. Le retour militant à un médium tel que la peinture, dans le champ des arts plastiques, avec les années 1980, retour qui constituait alors une réponse armée, critique et légitime à l’art conceptuel alors en vogue, forme d’art intellectuelle, a-sensible et ennemie de la tradition, a accouché en quelques mois d’une vogue universelle pour ce médium conventionnel, un phénomène qui a duré dix ans sous l’épithète de « peinture peinture », un mouvement qui a fait la fortune des peintres et de leurs galeries, et qui a rempli les expositions urbi et orbi. Bien, pas bien ? Relevons seulement la pauvreté croissante des propositions picturales proposées au public, une absence quasi totale de critique et, un quart de siècle plus tard, l’oubli total ou peu s’en faut des œuvres créées alors. Qui, franchement, pour se soucier encore des « Trois C. » (Chia, Cucchi, Clemente), de Jorg Immendorf, de Jorg Jiri Dokoupil, de Neil Jenney, de A.R. Penk, de Georg Baselitz, de Helmut Middendorff… et de tant d’autres stars de cette époque ? L’art de « mode », l’art fashionisé dure en vérité autant que la mode, il se fane avec la fin de la saison.

Pour lire l’intégralité de la conférence, cliquer ici

 

Les Conférences de la Cambre

Le devenir des artistes contemporains ? Bien des indices – esthétiques, marchands, symboliques – informent d’un glissement notoire vers la soumission. Que comprendre ? L’emprise du lieu commun, du cliché, de la réactivité émotionnelle de masse, le tout démultiplié et magnifié par des médias serviles essentiellement soucieux de promotion marchande, finit par générer des créateurs sans qualité toujours plus nombreux. Avec des œuvres en rapport, standardisées, conformistes en diable, profilées pour l’intégration, au pouvoir critique nul.

Est-ce un problème ? Non si l’on considère que la vocation de la culture est de fournir un décor à nos modes de vies, sur le mode de l’accompagnement gratifiant. Oui, en revanche, si quelque chose en nous se cabre au vu de ce qu’est devenu notre monde au registre de l’humanisme, un prodigieux ratage collectif.

En savoir plus sur la conférence, ici

Poétique / Politique / Territoire, conférence à Beyrouth

Poétique / Politique / Territoire

Intervention de Paul Ardenne, hier à l’espace Dawawine دواوين de Beyrouth

En partenariat avec le Master en Critique d’Art et Curatoriat de l’USJ
et dans le cadre des événements parallèles de l’exposition 

“Poetics, Politics, Places” 
(BienalSur, Argentine septembre-décembre 2017)

Agrégé d’Histoire, docteur en Histoire de l’art, Paul Ardenne (France, 1956) est maître de conférences à l’Université Picardie Jules-Verne d’Amiens. Membre de l’AICA-France (Association internationale des critiques d’art), il collabore depuis 1990 à la revue Art press. Il a en outre donné articles ou entretiens aux revues Beaux-arts magazine, L’Œil, Omnibus, Le Voyeur, La Recherche photographique, Figures de l’art, L’image, Parpaings, Visuels, Archistorm, L’Art même ou encore Synesthésie, outre diverses contributions à la presse étrangère.

En plus de textes littéraires et de catalogues d’artistes, Paul Ardenne a publié cette décennie écoulée plusieurs ouvrages ayant pour thème la muséographie (Capc-Musée 1973-1993, éd. du Regard ; Guide Europe des musées d’art moderne et contemporain, éd. Art press, avec Ami Barak), la création artistique contemporaine (Opus, éd. du Figuier ; La création contemporaine entre structures et système, ERBA Rouen ; Analyser l’art vivant, s’il se peut, EAD Strasbourg) ou plus largement la culture actuelle (1989, éd. du Regard).

Paul Ardenne, par surcroît, a été co-commissaire des expositions Micropolitiques (Grenoble, 2000), Expérimenter le réel (Albi-Montpellier, 2001 et 2002), Working Men (Genève, 2008), Technicity (Bologne, 2010). Il a été l’un des commissaires invités de l’exposition La Force de l’art, au Grand Palais, à Paris, en mai-juin 2006, et Ailleurs, Centre culturel Louis Vuitton, Paris, février 2011.

Biographie citée de la Fondation Ricard

Conversation avec Daniel Arsham @Galerie Perrotin

Alerte et soin à notre environnement : conférence demain @ Topographie de l’art

Vendredi 7 Juillet à 18h
conférence à 18h, apéritif à 19h30
Conférence / Conversation avec Janet Laurence, Nathalie Blanc et Paul Ardenne

Alerte et soin à notre environnement : la place de l’art

Dans le cadre de l’exposition WARNING SHOT, Barbara Polla propose une conférence-conversation-débat avec, autour de l’artiste australienne Janet Laurence et en conversation avec elle, Nathalie Blanc et Paul Ardenne.

Nathalie Blanc est chercheur au CNRS et auteure du premier ouvrage de référence sur l’art écologique publié en langue française, Écoplasties (2010, Manuella éditions, en collaboration avec Julie Ramos), dans lequel on trouve déjà un entretien avec Janet Laurence.

Paul Ardenne, historien de l’art et auteur d’Un Art Écologique, création plasticienne et anthropocène (2018, Actes Sud) qui réunit en quelques 400 pages plus de 300 artistes, dont Janet Laurence, et dont l’auteur parlera pour la première fois.

Janet Laurence est depuis longtemps l’une des figures artistiques de proue de l’art de ressuscitation du monde et, en particulier, du monde sous-marin, comme en témoigne l’œuvre Resuscitation of the Reef. Janet Laurence associe science, médecine, architecture, vidéos, vestiges, emprunts aux Musées d’Histoire naturelle du monde et toute une alchimie qui lui est propre pour créer des hôpitaux « nouvelle vague » pour les coraux et d’autres espèces marines en voie de disparition. Son art est sa réponse personnelle à l’angoisse environnementale qui nous étreint tous.

Pour en savoir plus sur la conférence, cliquer ici.

L’art écologique demain au Festival de l’histoire de l’art

Conférence Samedi 3 juin, de 16 h à 17 h
Château de Fontainebleau, Quartier Henri IV

L’art écologique

La notion de nature, depuis les années 1960, est l’objet de nombreuses variations. L’approche conventionnelle, fondée sur la notion de lieu, suscite le travail in situ (Land Art, Earthworks), là où l’approche écologique induit une mutation de l’œuvre d’art. Le souci environnemental, la naissance puis l’affrmation d’un art militant voient redéfni le rapport à la nature comme objet d’art. Non plus l’homme et la nature mais la nature dans l’homme.


Conférence dans le cadre du Festival de l’histoire de l’art, festival conçu comme un carrefour des publics et des savoirs car il propose gratuitement pendant trois jours conférences, débats, visites, concerts, expositions, projections, lectures et rencontres au sein du château ainsi que dans plusieurs sites de la ville de Fontainebleau, à Avon et à Milly-la-Forêt. Événement convivial et ouvert, la manifestation a pour ambition de rassembler tous les publics, amateurs et professionnels.

Plus d’informations, ici.