Category Archives: Video Forever

VIDEO FOREVER 32 *DUO*


Projection le 15 mars à 19h30 à Paris
Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives, 75003 Paris

Avec, entre autres, Janet Biggs, Sean Capone, Brice Dellsperger, Shaun Gladwell, Dana Hoey, Gabriella & Silvana Mangano, Tuomo Manninen, Angela Marzullo, Yves Netzhammer, Luana Perilli, Tom Pnini, Shannon Plumb, Jhafis Quintero, RAYMUNDO, Matt Saunders.

En ce moment au Musée de la Chasse et de la Nature, un improbable duo d’artistes nous donne à voir comment le travail en commun entre deux artistes, en l’occurrence Roger Ballen, photographe, et Hans Lemmen, dessinateur inspiré par les enjeux liés aux représentations de la nature, peut gommer la distance qui les sépare. C’est dans ce cadre du DUO que s’inscrit VIDEO FOREVER – l’idée étant non pas de montrer les œuvres de duos d’artistes, dont l’histoire est riche – mais d’œuvres vidéo qui explorent le thème du DUO, thème fondamental de la création. Le Duo, le Double, le Doppelgänger, sont récurrents de toute l’histoire de la création, littéraire aussi bien qu’artistique et chaque duo recèle en filigrane la notion de duel.

En opposition au couple, le DUO a pour lui sa très grande malléabilité. Le cinéma en fournit maints exemples, entre Laurel et Hardy, à un bout du spectre, et les robots R2-D2 et 6po à l’autre extrémité. Le DUO n’induit pas la vie commune mais se nourrit d’un destin commun, qui n’est pas d’abord signifié par l’amour, l’affect, mais plutôt par la réciprocité. Là où un couple amoureux fusionne, le DUO met en scène deux entités qui jouent leur propre partition en s’épaulant l’une l’autre en fonction d’un but commun. Le DUO n’est lui-même que dans un mouvement permanent entre l’acceptation de l’autre et la tension avec l’autre.

Revenons au cinéma, dont on retrouve des accents dans l’art vidéo contemporain et pointons, le concernant, la multitude de duos dont l’intérêt vient de cette imparfaite condition du lien : Deux flics à Miami, 48 heures, et tant d’autres. La vidéo, elle, est un medium de choix pour la représentation du duo, que ce soit par la double projection, l’image en miroir, le speculum mentis, le portrait et l’autoportrait, le duo de l’artiste avec lui-même, jusqu’au duel. Car le DUO c’est aussi la mise en exergue du principe schizophrénique, lorsque Dr. Jekyll devient Mr. Hyde ou quand Le Horla de Maupassant piste dans son être propre la présence d’un autre qui est lui sans l’être. La fécondité thématique du DUO se nourrit de cette variabilité : deux êtres différents et le risque permanent de l’égarement, de la dissolution de l’un dans l’autre.

Remerciements à Anna & Francesco Tampieri (Tom Pnini) et à la Galerie Anna Schwartz (Gabriella & Silvana Mangano).

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante : reservation@chassenature.org

Love Stories in Istanbul

Retrouvez VIDEO FOREVER sur le thème du duo au Musée de la Chasse et de la Nature le 15 mars à 19h30.

En savoir plus, ici.

VISIONS OCÉANIQUES

VIDEO FOREVER 29 *SORTIR DU CADRE – OUT OF FRAME*

Wednesday, June 15, 7pm

Topographie de l’art
15 rue de Thorigny, Paris 3ème

Getting out of frame, to create
Creativity supposes, fundamentally, getting out of one’s frame, even if the artworks that result from such outgoing gestures get rapidly “reframed”, both physically and socially, through their new frame, strictly speaking; through the space in which they are shown; by the society which approves—or not—their validity and value; and by the gaze of the public.

In the “framework” of this 29th session of VIDEO FOREVER, we explore that specific moment of the affirmation of a difference and the resulting energy that any novel standpoint generates.

But the exit, the “coming out of frame“ sooner or later leads to re-entry into another frame. The “coming out” has thus to be reiterated again and again in order to be constantly renewing creative energy. We call this constantly regenerating energy “uncanny energy”.

The selected videos address this momentum of difference, of risk, of revelation, of freedom, of daring, of regeneration, of fun and of strangeness: while getting off frame the unsettling strangeness of being—the uncanny—suddenly appears in plain sight. The videos presented all are somehow about getting “out of frame”, whether in a most literal form or in a symbolic one: out of the window, out of the washing machine, out of advertising, out of one’s social frame, out of political clichés, out of jail, out of home (uncanny refers to the German word un-heim-lich), and out of gender stereotypes.
They also explore the so-called “Uncanny Valley”, a hypothesis in the fields of aesthetics elaborated by the Japanese robotics professor Masahiro Mori, which holds that when creatures look and move almost, but not exactly, like natural beings, they create negative feelings in the viewers. The “valley” refers to the dip between familiar and strange, between recognized and rejected. Have a look at the uncanny valley…

Sortir du cadre, pour créer
La créativité suppose, fondamentalement, une sortie du cadre – même si l’œuvre d’art plastique qui en résulte est ensuite, le plus souvent, ré-encadrée, physiquement et socialement, de multiples manières : par son cadre, à proprement parler ; par l’espace dans lequel elle est montrée ; par la société qui entérine – ou non – sa validité et sa valeur ; par le regard du public.

Dans le « cadre » de cette 29ème session de VIDEO FOREVER, nous nous intéressons au moment même de la sortie du cadre, et ce qui en résulte : ce moment si particulier de l’affirmation d’une différence et de l’énergie que cette prise de position génère. Nous n’ignorons pas que toute sortie du cadre suppose l’entrée presque automatique dans un autre cadre – la « sortie » doit donc se reproduire constamment. « Sortir du cadre », encore et encore, est la base même de l’énergie créative : the uncanny energy. Les vidéos sélectionnées s’inscrivent dans une sortie du cadre, sous toutes ses formes, des plus littérales (Shannon Plumb, Patrick Dekeyser) aux plus insolites, aux plus « uncanny » (Evi Kalessis, Joanna Malinowska & C.T. Jasper, Pauline Horowitz et ses Toilettes sèches). Une énergie inattendue, qui se manifeste de manière insolite, là où on ne l’attend pas, tel un territoire que l’on découvre en cours d’exploration, quand bien même il existe depuis toujours.

En sortant du cadre, paradoxalement, on s’expose. Et c’est à ce moment précis, à la sortie même du cadre, que l’inquiétante étrangeté de l’être – the uncanny – apparaît soudain en pleine lumière. C’est dans cet élan de sortie, de prise de risque, d’ouverture, de libération, que toute l’énergie consommée pour oser cette sortie se met à se régénérer, à circuler à grande vitesse : e = mc2 et plus la vitesse de sortie est grande, plus l’énergie générée l’est de manière exponentielle. C’est un moment jouissif de création, une acmé…
Pour lire la suite, cliquez ici.

Dans ce Hors Cadre, toutes les sorties sont bonnes, tous les départs vivifiants. Sortir du cadre : condition de créativité, condition de survie.

With videos by Moumen Bouchala, Sean Capone, Arnaud Cohen, Patrick Dekeyser, Marc Horowitz, Pauline Horowitz, C.N. Jelodanti, Evi Kalessis, Eva Magyarosi, Shannon Plumb, Joanna Malinowska & CT Jasper, Jhafis Quintero, Raymundo, Julien Serve, Tejal Shah, Matthew Weinstein, Julia Zastava.

Thanks to Daria Kahn, Topographie de l’art, Janet Biggs & Dana Hoey, Sonnabend gallery.

For more details :
Topographie de l’art
VIDEO FOREVER
UNCANNY ENERGY

VIDEO FOREVER 24 *Peace and Sex*

Capture d’écran 2016-03-29 à 12.27.01Pour regarder la conférence, cliquer sur l’image.

“Trois minutes avant la fin du monde”, demain soir au Musée de la chasse et de la nature

VIDEO FOREVER 27  *VISION ECOLOGIQUE*

Mercredi 16 mars, 19h30

@ Musée de la Chasse et de la Nature
Rue des Archives, 75003 Paris
Entrée libre – réservation à l’adresse : reservation@chassenature.org

Conférence introductive et présentation des vidéos par Paul Ardenne

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Avec, entre autres, Rosa Barba, Daniel Beerstecher, Joseph Beuys, Ursula Biemann, Camille Goujon, Elmas Deniz, Simon Faithfull, Christiane Geoffroy, Markus Hoffmann, Nancy Holt, Antti Laitinen, Clare Langan, Janet Laurence, Joanna Malinowska, Gustav Metzger, Lucy + Jorge Orta, Jacques Rougerie, Su Rynard, Robert Smithson.

Commençons par ce constat livré il y a peu, le 15 février dernier (2016), par un journaliste de Planète.info, Christophe Magdelaine. Titre de l’article : « 2016 : trois minutes avant la fin du monde » – rien d’alarmiste en cet intitulé-ci, précisons-le, en dépit du catastrophisme affiché, l’auteur ne faisant que rendre compte de l’heure marquée par la Doomday Clock, tout juste réajustée.

« L’horloge de l’Apocalypse ou de la fin du monde (Doomsday Clock) fut créée en 1947, peu de temps après les bombardements atomiques américains sur le Japon, par les membres du Bulletin des scientifiques atomistes (BAS), basé à l’Université de Chicago. Cette association, qui compte pas moins de 17 prix Nobel avertit la communauté internationale : ‘’la probabilité d’une catastrophe mondiale est très élevée’’, faisant avancer l’horloge de 3 minutes en 2015, le premier ajustement depuis 2012” (source : notre-planete.info, parution du 20 février 2016).

Intertitre du paragraphe : « Changement climatique : il est déjà trop tard ». Contenu, pour partie : « Malgré des développements modestement positifs dans le domaine du changement climatique, les efforts actuels sont absolument insuffisants pour éviter un réchauffement catastrophique de la Terre”, soulignent les chercheurs. Et pourtant, fin 2015, la COP21 a suscité un immense espoir : “L’Accord de Paris est un triomphe monumental pour les gens et notre planète”, avait alors déclaré le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. En fait, il n’en est rien : l’Accord de Paris est déjà impossible à tenir et sans moyens d’action. En outre, l’année 2015 a été la plus chaude depuis 1880 et les “engagements volontaires pris à Paris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre sont insuffisants pour éviter le drastique changement climatique” réaffirment les membres du BAS (Bulletin of the Atomic Scientists), début 2016. Sivan Kartha, membre du Conseil de la science et de la sécurité du BAS et chercheur à l’Institut de Stockholm pour l’environnement, a déclaré : “les émissions de gaz à effet de serre mondial sont maintenant 50% plus élevées que ce qu’elles étaient en 1990. Depuis 2000, les taux d’émission ont augmenté plus rapidement encore que les trois précédentes décennies combinées. Les investissements ont continué à se porter vers les combustibles fossiles à un rythme qui dépasse les 1000 milliards de dollars par an, auxquels il faut ajouter des centaines de milliards de dollars de subventions. »

Bienvenue dans un monde potentiellement mort, s’il faut en croire les membres du BAS.

Bienvenue dans un espace de la catastrophe annoncée et vraisemblablement irréversible. Ceci dit non sur le mode d’un Günther Anders, le “semeur de panique” allemand, mais en toute rationalité.

Bienvenue dans un espace de la catastrophe écologique en cours de constitution, et dont l’avenir profile cette conséquence, le changement radical des modes de vie, soit dans le sens de la prédation, de la violence, de la précarité, soit, tout au contraire, dans le sens de la solidarité, de la compassion et du partage généralisés. Un changement qui sera ce que nous en ferons, en fonction du quota de nos égoïsmes, de nos choix, de nos lutes si nous décidons de lutter, dans un sens ou dans l’autre.

La conception écologique qui en découle, vision générale, vision artistique, ne fait évidemment pas l’économie de cette probabilité catastrophique, comme nous allons le voir maintenant.

Ce pire que nous avons commencé à affronter, et j’en viens à notre thème de ce soir, il conditionne de fait la vision écologique, notre vision écologique, comprendre : la nature de nos représentations de ce qui constitue l’écologie en son sens premier, forgé au 20ème siècle – pour rappel, d’après l’étymologie Oikos-logos, à savoir “le discours, la science de la maison” (“éco-” correspond à “oikos”, “la maison”, et “-logie”, de “logos”, au “discours”, à “la parole”, à “la science”).

Dans la perspective du pire, ce thème de la “maison” est important, en matière de vision écologique en particulier. Simple changement d’échelle, en l’occurrence, la “maison” n’est plus le logis où nous résidons, le foyer, le Heimat mais ce grand logis, ce grand foyer, ce grand Heimat qu’est la planète Terre : la “maison mère”, ou la “mère maison”, notre environnement vital, la maison générale qu’occupent tous les Terriens jusqu’à nouvel ordre.

Il est bien entendu que les artistes, plasticiens notamment, qui nous intéressent au premier chef, ont à coeur, depuis un bon demi-siècle à présent, d’interroger notre rapport à l’écologie, à la vie dans notre “maison mère” ou notre “mère maison”. Petit tour de piste, très rapide, avant d’aborder la question de la vidéo proprement dite.

Merci à Istanbul Modern, aux commissaires de l’exposition « Till it’s gone » : Çelenk Bafra & Paolo Colombo ; à IkonoTV’s, « Art Speaks Out », commissariat : Vanina Saracino, pour l’inspiration ; et à Nicolas Etchenagucia pour les recherches.

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VIDEO FOREVER*27 VISION ECOLOGIQUE

16 Mars, 19h30
@ Musée de la Chasse et de la Nature
Rue des Archives, 75003, Paris
Entrée gratuite – Confirmer votre participation à  reservation@chassenature.org

Conférence et présentation par Paul Ardenne

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Avec, entre autres, des vidéos de  Rosa Barba, Daniel Beerstecher, Joseph Beuys, Ursula Biemann, Camille Goujon, Elmas Deniz, Simon Faithfull, Christiane Geoffroy, Markus Hoffmann, Nancy Holt, Antti Laitinen, Clare Langan, Janet Laurence, Joanna Malinowska, Lucy + Jorge Orta, Gustav Metzger, Su Rynard, Robert Smithson.  

Avec nos remerciements à Istanbul Modern, exposition « Till it’s gone », commissaires Çelenk Bafra & Paolo Colombo ; Ikono TV & Elizabeth Markevitch, Vanina Saracino, et tous les artistes.

Dès les années 1970, le thème écologique occupe largement la scène médiatique. Le désarroi inspiré par la pollution d’origine humaine est patent. La question du « Quoi faire ? » travaille aussi le champ de l’art. Mario Merz : Che Fare? (« Que faire ? »), emprunte son titre à Lénine. Mais Che Fare ? de façon à la fois laconique et lisible, oppose sous forme d’environnement deux éléments, d’un côté la voiture de l’artiste, une Fiat décatie et essoufflée, de l’autre une construction en forme d’igloo. La lecture autorisée de cette œuvre, au plus simple, suggère l’hésitation. Que choisir ? (…)

La question environnementale, pour l’essentiel, demeure durablement un élément du « spectacle » contemporain, une des pièces construisant le paysage de son « bruit de scène » général, il reste que la prise de conscience écologique fait son chemin sur le mode d’un « bruit de fond » mineur mais entêtant. Quelle place la « culture » au sens large tient-elle dans cette prise de conscience ? Et quant à l’art « écologique », osons poser la question : quel est l’apport des arts plastiques à cette prise de conscience écologique ? En fait, sauf exceptions sur lesquelles on reviendra plus bas, il serait faux de prétendre que la question environnementale agite et préoccupe en profondeur le champ des arts plastiques avant les années 1990. Mais pourquoi la création plasticienne est-elle incapable, ou mal capable, de représenter la catastrophe écologique ? « Artialiser » cette forme de fin du monde que sont l’hyperpollution et le dérèglement climatique se montrerait-il hors de sa portée ? Quelles seraient les raisons princeps, s’il en est une, de ce déficit de capacité représentative ?

>Pas assez spectaculaire, pour les uns.

>Pas assez documentaire, pour les autres.

>Pas assez adapté, pour d’autres encore.

>Voire : en la matière, le déficit de représentation des arts plastiques de la fin du 20ème et du tournant du 21ème siècle émanerait non de l’incapacité à représenter que d’un différentiel d’échelle.

Qu’entendre par là ? D’une part, que l’art est trop peu productif en termes sensationnel, et pas assez émotionnel, pour rendre compte de la catastrophe absolue que représente le péril écologique, cette avant-première de la fin du monde. D’autre part, que ce dernier, serait-il représenté jusqu’à épuiser les créateurs d’images, tant et plus et au-delà de la saturation visuelle, engage une problématique d’une violence symbolique telle qu’elle sidère l’esprit humain et lui passe toute envie d’en jouir, serait-ce par le seul regard.

La catastrophe écologique, rien de moins, lève le rideau sur l’apocalypse ultime, sur un monde où l’humanité survivra peut-être mais dans des conditions épouvantables, tous ses acquis remis en questions voire éliminés, sans espoir d’un retour à l’« avant ».

L’art, cette fois, ne saurait nous consoler de cette perte, irréparable. « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », écrivait Nietzsche. Lorsque c’est la vérité qui nous tue, il est clair que l’art ne sert plus à rien. Pas de catharsis possible pour cette raison éminente : il n’y aura pas, une fois le monde mort, de lendemain pour se reprendre. Se purger de sa peur au spectacle du pire, dans ce cas, n’est plus envisageable. Où l’art meurt avec la mort du monde.

Mais … regardons néanmoins ce que les artistes nous proposent – et en particulier, les vidéastes, donc.

Avec passion – et non sans humour, parfois.