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*VIDEO FOREVER 33* – ANIMAL DEATH

May 3rd, 7:30pm
Musée de la Chasse et de la Nature

Introduction : Claude d’Anthenaise – Conference : Barbara Polla & Paul Ardenne

With Katja Aglert, Véronique Caye, Georges Franju, Julia Ghita, Mihai Grecu, Pauline Horovitz, Signe Johannessen, Ali Kazma, Merve Kaptan, Erik Levine, Lucy & Jorge Orta, Tiziana Pers, Lucie Plumet, sintacti-k, Jeanne Susplugas.

Free Entrance. Registration mandatory : reservation@chassenature.org.

Just two years ago, in this same hunting and nature museum, Musée de la Chasse, we presented the 23rd session of VIDEO FOREVER, dedicated to the theme of death. A summary of the session can be found on the VIDEO FOREVER blog. We showed, among other things, a film by Raphaëlle Paupert-Borne about the illness and death of her daughter, whom she lost to cystic fibrosis at the age of 4 or 5. Everybody stayed to watch it in its entirety. It is a beautiful film. During the session, we also showed Ali Kazma’s film Slaughterhouse. It, too, is a beautiful film. In it, we witness animals dying in a kosher slaughterhouse in Istanbul. At least twenty people left the room.

Claude d’Anthenaise later proposed we organize a session dedicated specifically to the theme of animal deaths. And we asked ourselves: how is it that the death of this little girl was watchable but the animal deaths were not? There are likely several reasons for this. First, the death of the little girl was inevitable while that of the animals was imposed on them. But forced death does not systematically cause spectators to flee from the cinema – far from it. One might reply to this counter-argument that in war movies, men do not really die – but in war, yes, they do really die, just like animals at the slaughterhouse. Another assumption we may make to justify this differential sensitivity would be the question of innocence. All of us would need a kind of “protectorate of innocence.” Since humanity has lost all innocence as of a century ago, – we now realize that human beings are capable of the worst, overwhelmingly so – perhaps children, who are future adults, have also lost their innocence in our eyes. Perhaps animals now represent a kind of “natural reserve of innocence” that we should not tamper with. No matter that animals kill one another; they would nonetheless be exempt from the possibility of evil.

We therefore set out to research the best way to approach this theme, avoiding whenever possible that spectators leave from the outset – and although the artists’ videos assembled for this program do not provide answers to the fundamental questions we ask ourselves about animal deaths, they do allow us to more deeply explore the questions asked, including, among others:

* Is whatever makes us “mortal” beings – the consciousness of our death, both as individuals and as a species (human) – shared by animals? Are animals conscious of their own death – of death itself – in the same way men are?

* In representations that aspire to make us feel such a consciousness, how much of what we feel is “projection”? (This question is particularly apt in relation to video art..)

* Why do contemporary artists not represent animal deaths that occur naturally, even though animals die of natural causes? Why don’t they represent deaths that result from animals killing one another?

* Does the movement, at times fanatical, to prevent animals from dying correspond to the desire to prevent human death – and, faced with the impossibility of doing so, to a kind of détournement?

* What about rituals and ritualizations of death?

* Why would classic hunting images, which were, and still are, considered “beautiful” (see images in this museum) be maligned – or why are they –, insofar as they are contemporary?

* What do artists who deal with the subject of animal deaths tell us about our own relationship to death?

This program was conceived while keeping several themes in mind: deaths from natural causes; the question of conscience; ways of representing slaughterhouses, including choreography; hunting, fishing, and eliminating animals harmful to agriculture; tributes to endangered animals; the potential beauty in representations of death.

Thanks to Annie Aguettaz (Images-Passages), Janet Biggs, Camille Goujon, Laurie Hurwitz, Ida Pisani (Prometeo Gallery).

Il y a exactement deux ans, en ce même musée de la Chasse et de la Nature, nous présentions la 23ème session de VIDEO FOREVER, dédiée au thème de la mort. Vous pouvez en trouver la reprise vidée sur le blog de VIDEO FOREVER. Nous avions montré, entre autres, un film de Raphaëlle Paupert-Borne sur la maladie et la mort de sa propre petite fille, décédée de mucoviscidose à l’âge de 4 ou 5 ans. Vous étiez tous restés regarder. C’était un beau film. Dans le déroulé de la séance, nous avions également montré le film Slaughterhouse de Ali Kazma. C’est aussi un beau film. On y voit les animaux mourir dans un abattoir kasher à Istanbul. Au moins vingt personnes avaient quitté la salle.

Claude d’Anthenaise nous a alors proposé d’organiser une séance spécifiquement dédiée au thème de la mort des animaux. Et nous nous sommes interrogés : comment se fait-il que la mort de la petite fille soit regardable, et celle des animaux ne le soit pas ? Il y a probablement de multiples raisons à cela. D’abord, la mort de la petite fille est une fatalité, celle des animaux est infligée. Mais la mort infligée ne fait pas systématiquement fuir les spectateurs du cinéma, loin de là. On pourrait répondre à ce contre-argument que dans les films de guerre les hommes ne meurent pas vraiment – mais à la guerre, oui, ils meurent vraiment, comme à l’abattoir.
L’une des hypothèses émises pour expliquer cette sensibilité différentielle serait la question de l’innocence. Nous aurions tous besoin d’une sorte de « protectorat de l’innocence ». L’humain ayant depuis le siècle dernier perdu toute innocence – nous savons désormais qu’il est capable du pire, massivement – peut-être que l’enfant, futur adulte, a lui aussi perdu de son innocence à nos yeux. Peut-être que les animaux représentent désormais pour nous une sorte de « réserve naturelle d’innocence » à laquelle nous ne devrions pas toucher. Peu importe que les animaux se tuent entre eux, ils n’en seraient pas moins exemptés de la possibilité du Mal.

Nous nous sommes alors mis à la recherche de la meilleure manière d’aborder ce thème, en évitant dans toute la mesure du possible que les spectateurs ne quittent la salle d’entrée de jeu — et si les vidéos d’art réunies dans la programmation proposée ne vont pas apporter de réponse aux questions fondamentales que nous nous posons à propos de la mort des animaux, elles vont nous permettre d’approfondir les questions posées, qui sont, entre autres :

*Ce qui fait de nous des êtres « mortels » – la conscience de notre mort en tant qu’individus et en tant qu’espèce (humaine) – est-elle partagée par les animaux ? Les animaux ont-ils conscience de leur mort – de la mort – de manière similaire aux hommes ?

*Dans les représentations qui visent à nous faire ressentir une telle conscience, quelle est la part de « projection » ? (une question particulièrement adéquate quand il s’agit de vidéos…)

*Pourquoi les artistes d’aujourd’hui ne représentent-ils pas la mort naturelle des animaux, quand bien même les animaux meurent de mort naturelle ? Pourquoi ne représentent-ils pas la mort que les animaux se donnent entre eux ?

*La volonté parfois forcenée d’annuler la mort des animaux répond-elle du désir d’annuler la mort humaine – et devant l’impossibilité de ce faire – à une sorte de détournement ?

*Qu’en est-il des rituels, des ritualisations de la mort ?

*Pourquoi les images classiques de chasse qui étaient et sont encore considérées comme « belles » (voir les images du musée) seraient-elles – ou sont-elles – aujourd’hui décriées, dans la mesure où elles sont contemporaines ?

*Que nous disent les artistes qui travaillent sur la mort des animaux de notre propre rapport à la mort ?

La programmation elle-même a été conçue par thèmes : la mort naturelle ; la question de la conscience ; les représentations de l’abattoir, incluant la chorégraphie ; la chasse, la pêche, et l’élimination des animaux nuisibles à l’agriculture ; les hommages aux animaux en voie de disparition ; la possible beauté des représentations la mort.

Merci à Annie Aguettaz (Images-Passages), Janet Biggs, Camille Goujon, Laurie Hurwitz, Ida Pisani (Prometeo Gallery).

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante reservation@chassenature.org.

VIDEO FOREVER 32 *DUO*


Projection le 15 mars à 19h30 à Paris
Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives, 75003 Paris

Avec, entre autres, Janet Biggs, Sean Capone, Brice Dellsperger, Shaun Gladwell, Dana Hoey, Gabriella & Silvana Mangano, Tuomo Manninen, Angela Marzullo, Yves Netzhammer, Luana Perilli, Tom Pnini, Shannon Plumb, Jhafis Quintero, RAYMUNDO, Matt Saunders.

En ce moment au Musée de la Chasse et de la Nature, un improbable duo d’artistes nous donne à voir comment le travail en commun entre deux artistes, en l’occurrence Roger Ballen, photographe, et Hans Lemmen, dessinateur inspiré par les enjeux liés aux représentations de la nature, peut gommer la distance qui les sépare. C’est dans ce cadre du DUO que s’inscrit VIDEO FOREVER – l’idée étant non pas de montrer les œuvres de duos d’artistes, dont l’histoire est riche – mais d’œuvres vidéo qui explorent le thème du DUO, thème fondamental de la création. Le Duo, le Double, le Doppelgänger, sont récurrents de toute l’histoire de la création, littéraire aussi bien qu’artistique et chaque duo recèle en filigrane la notion de duel.

En opposition au couple, le DUO a pour lui sa très grande malléabilité. Le cinéma en fournit maints exemples, entre Laurel et Hardy, à un bout du spectre, et les robots R2-D2 et 6po à l’autre extrémité. Le DUO n’induit pas la vie commune mais se nourrit d’un destin commun, qui n’est pas d’abord signifié par l’amour, l’affect, mais plutôt par la réciprocité. Là où un couple amoureux fusionne, le DUO met en scène deux entités qui jouent leur propre partition en s’épaulant l’une l’autre en fonction d’un but commun. Le DUO n’est lui-même que dans un mouvement permanent entre l’acceptation de l’autre et la tension avec l’autre.

Revenons au cinéma, dont on retrouve des accents dans l’art vidéo contemporain et pointons, le concernant, la multitude de duos dont l’intérêt vient de cette imparfaite condition du lien : Deux flics à Miami, 48 heures, et tant d’autres. La vidéo, elle, est un medium de choix pour la représentation du duo, que ce soit par la double projection, l’image en miroir, le speculum mentis, le portrait et l’autoportrait, le duo de l’artiste avec lui-même, jusqu’au duel. Car le DUO c’est aussi la mise en exergue du principe schizophrénique, lorsque Dr. Jekyll devient Mr. Hyde ou quand Le Horla de Maupassant piste dans son être propre la présence d’un autre qui est lui sans l’être. La fécondité thématique du DUO se nourrit de cette variabilité : deux êtres différents et le risque permanent de l’égarement, de la dissolution de l’un dans l’autre.

Remerciements à Anna & Francesco Tampieri (Tom Pnini) et à la Galerie Anna Schwartz (Gabriella & Silvana Mangano).

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante : reservation@chassenature.org

Love Stories in Istanbul

Retrouvez VIDEO FOREVER sur le thème du duo au Musée de la Chasse et de la Nature le 15 mars à 19h30.

En savoir plus, ici.

VISIONS OCÉANIQUES

VIDEO FOREVER 29 *SORTIR DU CADRE – OUT OF FRAME*

Wednesday, June 15, 7pm

Topographie de l’art
15 rue de Thorigny, Paris 3ème

Getting out of frame, to create
Creativity supposes, fundamentally, getting out of one’s frame, even if the artworks that result from such outgoing gestures get rapidly “reframed”, both physically and socially, through their new frame, strictly speaking; through the space in which they are shown; by the society which approves—or not—their validity and value; and by the gaze of the public.

In the “framework” of this 29th session of VIDEO FOREVER, we explore that specific moment of the affirmation of a difference and the resulting energy that any novel standpoint generates.

But the exit, the “coming out of frame“ sooner or later leads to re-entry into another frame. The “coming out” has thus to be reiterated again and again in order to be constantly renewing creative energy. We call this constantly regenerating energy “uncanny energy”.

The selected videos address this momentum of difference, of risk, of revelation, of freedom, of daring, of regeneration, of fun and of strangeness: while getting off frame the unsettling strangeness of being—the uncanny—suddenly appears in plain sight. The videos presented all are somehow about getting “out of frame”, whether in a most literal form or in a symbolic one: out of the window, out of the washing machine, out of advertising, out of one’s social frame, out of political clichés, out of jail, out of home (uncanny refers to the German word un-heim-lich), and out of gender stereotypes.
They also explore the so-called “Uncanny Valley”, a hypothesis in the fields of aesthetics elaborated by the Japanese robotics professor Masahiro Mori, which holds that when creatures look and move almost, but not exactly, like natural beings, they create negative feelings in the viewers. The “valley” refers to the dip between familiar and strange, between recognized and rejected. Have a look at the uncanny valley…

Sortir du cadre, pour créer
La créativité suppose, fondamentalement, une sortie du cadre – même si l’œuvre d’art plastique qui en résulte est ensuite, le plus souvent, ré-encadrée, physiquement et socialement, de multiples manières : par son cadre, à proprement parler ; par l’espace dans lequel elle est montrée ; par la société qui entérine – ou non – sa validité et sa valeur ; par le regard du public.

Dans le « cadre » de cette 29ème session de VIDEO FOREVER, nous nous intéressons au moment même de la sortie du cadre, et ce qui en résulte : ce moment si particulier de l’affirmation d’une différence et de l’énergie que cette prise de position génère. Nous n’ignorons pas que toute sortie du cadre suppose l’entrée presque automatique dans un autre cadre – la « sortie » doit donc se reproduire constamment. « Sortir du cadre », encore et encore, est la base même de l’énergie créative : the uncanny energy. Les vidéos sélectionnées s’inscrivent dans une sortie du cadre, sous toutes ses formes, des plus littérales (Shannon Plumb, Patrick Dekeyser) aux plus insolites, aux plus « uncanny » (Evi Kalessis, Joanna Malinowska & C.T. Jasper, Pauline Horowitz et ses Toilettes sèches). Une énergie inattendue, qui se manifeste de manière insolite, là où on ne l’attend pas, tel un territoire que l’on découvre en cours d’exploration, quand bien même il existe depuis toujours.

En sortant du cadre, paradoxalement, on s’expose. Et c’est à ce moment précis, à la sortie même du cadre, que l’inquiétante étrangeté de l’être – the uncanny – apparaît soudain en pleine lumière. C’est dans cet élan de sortie, de prise de risque, d’ouverture, de libération, que toute l’énergie consommée pour oser cette sortie se met à se régénérer, à circuler à grande vitesse : e = mc2 et plus la vitesse de sortie est grande, plus l’énergie générée l’est de manière exponentielle. C’est un moment jouissif de création, une acmé…
Pour lire la suite, cliquez ici.

Dans ce Hors Cadre, toutes les sorties sont bonnes, tous les départs vivifiants. Sortir du cadre : condition de créativité, condition de survie.

With videos by Moumen Bouchala, Sean Capone, Arnaud Cohen, Patrick Dekeyser, Marc Horowitz, Pauline Horowitz, C.N. Jelodanti, Evi Kalessis, Eva Magyarosi, Shannon Plumb, Joanna Malinowska & CT Jasper, Jhafis Quintero, Raymundo, Julien Serve, Tejal Shah, Matthew Weinstein, Julia Zastava.

Thanks to Daria Kahn, Topographie de l’art, Janet Biggs & Dana Hoey, Sonnabend gallery.

For more details :
Topographie de l’art
VIDEO FOREVER
UNCANNY ENERGY

VIDEO FOREVER 24 *Peace and Sex*

Capture d’écran 2016-03-29 à 12.27.01Pour regarder la conférence, cliquer sur l’image.

“Trois minutes avant la fin du monde”, demain soir au Musée de la chasse et de la nature

VIDEO FOREVER 27  *VISION ECOLOGIQUE*

Mercredi 16 mars, 19h30

@ Musée de la Chasse et de la Nature
Rue des Archives, 75003 Paris
Entrée libre – réservation à l’adresse : reservation@chassenature.org

Conférence introductive et présentation des vidéos par Paul Ardenne

Capture d’écran 2016-03-15 à 11.06.02

Avec, entre autres, Rosa Barba, Daniel Beerstecher, Joseph Beuys, Ursula Biemann, Camille Goujon, Elmas Deniz, Simon Faithfull, Christiane Geoffroy, Markus Hoffmann, Nancy Holt, Antti Laitinen, Clare Langan, Janet Laurence, Joanna Malinowska, Gustav Metzger, Lucy + Jorge Orta, Jacques Rougerie, Su Rynard, Robert Smithson.

Commençons par ce constat livré il y a peu, le 15 février dernier (2016), par un journaliste de Planète.info, Christophe Magdelaine. Titre de l’article : « 2016 : trois minutes avant la fin du monde » – rien d’alarmiste en cet intitulé-ci, précisons-le, en dépit du catastrophisme affiché, l’auteur ne faisant que rendre compte de l’heure marquée par la Doomday Clock, tout juste réajustée.

« L’horloge de l’Apocalypse ou de la fin du monde (Doomsday Clock) fut créée en 1947, peu de temps après les bombardements atomiques américains sur le Japon, par les membres du Bulletin des scientifiques atomistes (BAS), basé à l’Université de Chicago. Cette association, qui compte pas moins de 17 prix Nobel avertit la communauté internationale : ‘’la probabilité d’une catastrophe mondiale est très élevée’’, faisant avancer l’horloge de 3 minutes en 2015, le premier ajustement depuis 2012” (source : notre-planete.info, parution du 20 février 2016).

Intertitre du paragraphe : « Changement climatique : il est déjà trop tard ». Contenu, pour partie : « Malgré des développements modestement positifs dans le domaine du changement climatique, les efforts actuels sont absolument insuffisants pour éviter un réchauffement catastrophique de la Terre”, soulignent les chercheurs. Et pourtant, fin 2015, la COP21 a suscité un immense espoir : “L’Accord de Paris est un triomphe monumental pour les gens et notre planète”, avait alors déclaré le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. En fait, il n’en est rien : l’Accord de Paris est déjà impossible à tenir et sans moyens d’action. En outre, l’année 2015 a été la plus chaude depuis 1880 et les “engagements volontaires pris à Paris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre sont insuffisants pour éviter le drastique changement climatique” réaffirment les membres du BAS (Bulletin of the Atomic Scientists), début 2016. Sivan Kartha, membre du Conseil de la science et de la sécurité du BAS et chercheur à l’Institut de Stockholm pour l’environnement, a déclaré : “les émissions de gaz à effet de serre mondial sont maintenant 50% plus élevées que ce qu’elles étaient en 1990. Depuis 2000, les taux d’émission ont augmenté plus rapidement encore que les trois précédentes décennies combinées. Les investissements ont continué à se porter vers les combustibles fossiles à un rythme qui dépasse les 1000 milliards de dollars par an, auxquels il faut ajouter des centaines de milliards de dollars de subventions. »

Bienvenue dans un monde potentiellement mort, s’il faut en croire les membres du BAS.

Bienvenue dans un espace de la catastrophe annoncée et vraisemblablement irréversible. Ceci dit non sur le mode d’un Günther Anders, le “semeur de panique” allemand, mais en toute rationalité.

Bienvenue dans un espace de la catastrophe écologique en cours de constitution, et dont l’avenir profile cette conséquence, le changement radical des modes de vie, soit dans le sens de la prédation, de la violence, de la précarité, soit, tout au contraire, dans le sens de la solidarité, de la compassion et du partage généralisés. Un changement qui sera ce que nous en ferons, en fonction du quota de nos égoïsmes, de nos choix, de nos lutes si nous décidons de lutter, dans un sens ou dans l’autre.

La conception écologique qui en découle, vision générale, vision artistique, ne fait évidemment pas l’économie de cette probabilité catastrophique, comme nous allons le voir maintenant.

Ce pire que nous avons commencé à affronter, et j’en viens à notre thème de ce soir, il conditionne de fait la vision écologique, notre vision écologique, comprendre : la nature de nos représentations de ce qui constitue l’écologie en son sens premier, forgé au 20ème siècle – pour rappel, d’après l’étymologie Oikos-logos, à savoir “le discours, la science de la maison” (“éco-” correspond à “oikos”, “la maison”, et “-logie”, de “logos”, au “discours”, à “la parole”, à “la science”).

Dans la perspective du pire, ce thème de la “maison” est important, en matière de vision écologique en particulier. Simple changement d’échelle, en l’occurrence, la “maison” n’est plus le logis où nous résidons, le foyer, le Heimat mais ce grand logis, ce grand foyer, ce grand Heimat qu’est la planète Terre : la “maison mère”, ou la “mère maison”, notre environnement vital, la maison générale qu’occupent tous les Terriens jusqu’à nouvel ordre.

Il est bien entendu que les artistes, plasticiens notamment, qui nous intéressent au premier chef, ont à coeur, depuis un bon demi-siècle à présent, d’interroger notre rapport à l’écologie, à la vie dans notre “maison mère” ou notre “mère maison”. Petit tour de piste, très rapide, avant d’aborder la question de la vidéo proprement dite.

Merci à Istanbul Modern, aux commissaires de l’exposition « Till it’s gone » : Çelenk Bafra & Paolo Colombo ; à IkonoTV’s, « Art Speaks Out », commissariat : Vanina Saracino, pour l’inspiration ; et à Nicolas Etchenagucia pour les recherches.

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