Category Archives: Architecture et urbanisme contemporains

« Le Pritzker Price à Francis Kéré : Learning From Gando » dans ARCHISTORM, n°114

Le jury 2022 du Pritzker Price, présidé par le Chilien Alejandro Aravena, a sacré en mars dernier Diébédo Francis Kéré, architecte burkinabé adepte du low tech, du low cost et du circuit court. Les réalisations de cet Africain du Sub-Sahel ont le goût de la terre natale, celle de Gando, Burkina-Faso, où ce charpentier devenu ensuite architecte a grandi avant de bénéficier d’une bourse à Berlin et d’y ouvrir en 2005 son agence, KÉRÉ ARCHITECTURE. Premier lauréat africain du Pritzker, Francis Kéré mérite amplement son prix, n’aurait-il pas manqué çà et là de voix mal embouchées préférant voir dans son élection un effet de la discrimination positive, de l’actuelle mode «décoloniale» et du Black Lives Matter.

« Biennale d’architecture de Venise, le bilan : une biennale pour y voir moins clair » dans ARCHISTORM, n°111

“How will we live together?” — «Comment vivrons-nous ensemble, à l’avenir ?» Sous cet intitulé interrogatif et lapidaire, la 17e Biennale internationale d’architecture de Venise a proposé en cette année 2021 une question piège, de celles dont on peut craindre qu’elle n’accouche de fausses expertises. Était-ce là l’intention malicieuse ou perverse (rayer la mention inutile) de son commissaire, l’architecte libanais Hashim Sarkis ? Les réponses à l’interrogation, on le pressent, sont diverses, époque trouble telle que la nôtre oblige. Formulées avec autorité par les architectes participants, chacun y allant de son point de vue bien formé, elles invitent à réfléchir autant au devenir architectural qu’à celui de l’expertise, en crise profonde quelque domaine que l’on aborde — dont l’architecture et l’urbanisme.

“Rencontres des arts visuels d’Angers – Penser l’art dans la ville”, 15 et 16 octobre 2021

Vendredi 15 octobre 2021
10h Conférence introductive
La ville comme objet d’art” (45 mn), par Paul Ardenne

La modernité a fait sortir les artistes plasticiens des ateliers. Investir le territoire urbain, pour ceux-là, devient avec le 20e siècle une pratique de plus en plus courante, portée par la volonté de l’intervention directe. Art “Action”, performances publiques, street art, art participatif… La ville se théâtralise spectaculairement tandis que l’art conventionnel, coffré dans les musées et les galeries, voit sa qualification contestée. Les prémices d’un nouvel âge démocratique de l’art et de la culture .

Paul Ardenne est historien de l’art et écrivain. Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’art dans l’espace public, notamment L’Art dans son moment politique (La Lettre volée), Un Art contextuel (Flammarion), Heureux, les créateurs ? (La Muette).

PROGRAMME COMPLET & INSCRIPTIONS

“Le choix du peuple. Architecture et appropriation sociale” dans ARCHISTORM, n°109/110

La logique serait que le “peuple” choisisse l’architecture dans laquelle il veut vivre, et la construise. Cette revendication d’autoconstruction, depuis les années 1950 et aujourd’hui plus encore, fait son chemin, concrètement. Avec des tensions, non forcément attendues, et cette question : et si l’architecture que veut le “peuple”, tout compte fait, s’avérait faible, sans ambition, livrée aux excroissances du kitsch, du spectacle et de la vulgarité ? 

“Lacaton & Vassal, Pritzker Prize 2021, L’humilité intelligente” par Paul Ardenne. À paraître dans le prochain Archistorm (n° 108, mai-juin 2021)

Le 16 mars dernier, les architectes français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal se sont vu décerner le prix Pritzker 2021, récompense de haut vol du milieu archi- tectural. Cette consécration, après celles de Christian de Portzamparc et de Jean Nouvel, fait d’eux les troisièmes Français à recevoir ce prix créé en 1979.

La « pritzkerisation » de Lacaton & Vassal célèbre une conception économe, radicale et écosophique de l’archi- tecture. À l’évidence, elle signale aussi une inflexion de l’esprit du Pritzker Prize, en ce sens pas malvenu, vers la promotion de l’éthique et de l’architecture pour tous. Fini, le sacre répétitif des starchitectes hype2. L’heure est venue des architectes responsables (pingres, grinceront certains), un chemin ouvert depuis quelques années déjà par le Pritzker Prize avec la célébration d’Alejandro Aravena et Grafton Architects, tenants, à l’instar de Lacaton & Vassal, de l’architecture modeste à vocation sociale. Le signe que les temps changent? Assurément.

“Architecture carcérale : Peut-on humaniser l’inhumain ?” dans Métalmorphoses, avril 2021

À l’heure de la pandémie et des interrogations qu’elle réactive à propos de la prison, le magazine Métalmorphoses a interrogé Paul Ardenne sur les pratiques artistiques contemporaines de la représentation du corps et les ouvertures qu’elles peuvent apporter à la conception carcérale.

A paraître : “La Bonne ville. Pour une architecture bienveillante”

Tous deux émus par la crise sanitaire liée au virus COVID-19, Paul Ardenne et Alfonso Femia engagent un dialogue franc questionnant les conséquences de la pandémie sur les habitats, les lieux de vie, de travail, de soin, de repos.
Se définissant volontiers comme un architecte de la générosité, Alfonso Femia en appelle désormais au développement d’une architecture du soin. Cette approche humaniste, soucieuse non plus seulement du bien-vivre des habitants mais aussi du bien-être des individus, impose aux architectes une mission longtemps sacrifiée : soigner, prendre soin, et notamment des défavorisés, des malades, des isolés, des jeunes et des aînés.
Comment offrir une architecture adaptée attachée à satisfaire et prendre soin de chaque individu ? Que pourrait être un bâtiment protecteur ? Portés par leurs convictions et leurs visions de l’architecture, Paul Ardenne et Alfonso Femia tentent dans cette conversation de proposer des pistes pour construire le logement, l’école ou l’hôpital de demain.

Parution : avril 2021
Editions Ante Prima Consultants

“DEUS EX VAGINA. L’architecture au féminin, un univers spécifique?” dans ARCHISTORM, n°107

À son orée (le paléolithique), l’architecture était une discipline peu «genrée». Logement, construction, aménagement du logis, ces données concernaient le clan, la tribu, le village, tous sexes confondus, hommes comme femmes indifféremment. Quelques dizaines de millénaires plus tard, qu’en est-il ? L’architecture s’est masculinisée.

Il y a à cette masculinisation de multiples raisons. Certaines, peu suspectes d’une confiscation calculée du pouvoir, sont liées à la physique du travail (construire exige de disposer d’une force corporelle, plus intense chez les hommes). D’autres, corrélatives du statut minoré de la femme des sociétés patriarcales, sont moins équitables. Bien des civilisations, archaïques comme contemporaines, confinent la femme au gynécée et aux tâches domestiques : de quoi l’éloigner des études poussées qu’exige l’architecture, discipline adossée à la complexité matérielle et à l’ingénierie. Quant à la culture bourgeoise, elle tend à interdire aux femmes le labeur, carrément : la « bourgeoise » honorable ne travaille pas. Le milieu même de l’architecture et ses usages, enfin, ajoutent à cette discrimination: pas de femmes manageant les chantiers; pas de femmes, en agence, aux postes de pouvoir.

Le début du XXIe siècle s’élève contre cet ostracisme. Les femmes, en nombre, intègrent les écoles d’architecture, créent des agences, bâtissent, trustent les récompenses. La question se pose, du coup, de leur apport à la discipline. Spécificité ou assimilation ? Originalité ou conformisme ?

“La tentation de l’architecture populiste” dans ARCHISTORM, n°106

Plusieurs grands dirigeants politiques de ce monde — pilotant tous, sans exception, des régimes autoritaires — ont pu s’émouvoir ces derniers temps des « excès » de l’architecture contemporaine. Qu’il s’agisse du président américain Donald Trump, du leader turc Recep Tayyip Erdoğan, du dirigeant chinois Xi Jinping, tous reprochent à l’architecture des débuts du XXIe siècle son caractère irrespectueux de la tradition et ses outrances en matière de conception ou de style. Leur credo est celui de ce qu’on a appelé, au début du XXe siècle, lorsque l’esprit moderne se déchaînait et bousculait les valeurs acquises, le «retour à l’ordre».

L’architecture dite « populiste » est celle qu’affectionnent ces dirigeants. Quelque forme qu’elle prenne, celle-ci se nourrit de l’idée que toute mutation du style, qui est une mutation de la conscience, doit être, plus encore que contrôlée, éradi- quée. Si l’architecture populiste déteste, à l’instar de la Beauté baudelairienne, « le mouvement qui déplace les lignes », c’est d’avoir en horreur tout ce qui est de nature à signifier que le monde bouge et change. Traditionnelle par essence, elle est réactionnaire par volonté de faire prévaloir le vocabulaire du passé, contre celui de l’avenir : au principe que le passé est source d’identité vraie, référence porteuse de solidité, de durée, de stabilité. Elle est aussi, au risque de surprendre, humaniste, en ce qu’elle vise l’apaisement mental : de grâce, cachez-nous ces bâtiments modernistes qui heurtent notre sensibilité, la troublent et en éparpillent les repères !

— Un mal, l’architecture populiste ? Un bien, malgré le mépris qu’elle inspire dans les cercles éclairés ? […]

“L’architecture fin du monde III” dans ARCHISTORM, n°105