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Le musée 2.0 : gadget ou révolution culturelle ? Paul Ardenne sur France Inter

Console de jeu qui permet de visiter le Louvre et d’avoir des informations sur les œuvres du musée. © Maxppp / Olivier Corsan/PHOTOPQR/LE PARISIEN

Retrouver l’interview à partir de 41’18” en cliquant ici.

CORPS À L’ŒUVRE, ce soir à la MEP

Conférences – CORPS À L’ŒUVRE

Mercredi 17 mai de 18h30 à 22h
Maison Européenne de la Photographie, 5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris

Le mercredi 17 mai de 18h30 à 22h, vous êtes gracieusement convié/e/s à une soirée de conférences à la Maison Européenne de la Photographie, autour des artistes Martial Cherrier et Barbara Luisi, et du duo Mylène Benoît & Frank Smith.

La première partie sera consacrée au thème du Temps, sculpteur du corps, autour des oeuvres de Martial Cherrier (qui expose en ce moment à la MEP, « Body Ergo Sum ») et de Barbara Luisi, photographes qui ont exploré, chacun à sa manière, les effets du vieillissement sur leur propre corps ou sur le corps de l’autre. Françoise Gaillard, philosophe et critique d’art, est, entre autres, une spécialiste de la question de la quête de la beauté, ayant contribué le volume sur le Futur au grand ouvrage publié par Gallimard et intitulé 100.000 Ans de Beauté.

La deuxième partie a pour thème Le corps de l’autre—la danse de l’autre, et s’organise autour de l’exposition DANCE WITH ME VIDEO et plus spécifiquement du duo créé par Mylène Benoit & Frank Smith pour Concordanses et de leur spectacle Coalition actuellement en tournée. Paul Ardenne, historien de l’art, créateur, entre autres, du concept de Corpopoétique, abordera la question de la relation au corps de l’autre dans la danse, en se basant sur la manière dont la vidéo et le film explorent cette relation. Des extraits de vidéos de Pilar Albarracin, Elena Kovylina, Arnold Pasquier & Lee Yanor seront montrés.

Pour en savoir plus sur le déroulé de la soirée, cliquer ici

LE CORPS À L’OEUVRE – conférence à la MEP – SAVE THE DATE !

Le mercredi 17 mai, à la Maison européenne de la photographie, dans le cadre d’un ensemble d’exposition sur le corps, vous êtes gracieusement convié/e/s à une soirée de conférences, autour des artistes Martial Cherrier et Barbara Luisi, et du duo Mylène Benoît & Frank Smith.

La première partie sera consacrée au thème du Temps, sculpteur du corps, autour des oeuvres de Martial Cherrier (qui expose en ce moment à la MEP, « Body Ergo Sum ») et de Barbara Luisi, photographes qui ont exploré, chacun à sa manière, les effets du vieillissement sur leur propre corps ou sur le corps de l’autre. Françoise Gaillard, philosophe et critique d’art, est, entre autres, une spécialiste de la question de la quête de la beauté, ayant contribué le volume sur le Futur au grand ouvrage publié par Gallimard et intitulé 100.000 Ans de Beauté.
©Martial Cherrier


La deuxième partie a pour thème Le corps de l’autre—la danse de l’autre, et s’organise autour de l’exposition DANCE WITH ME VIDEO et plus spécifiquement du duo créé par Mylène Benoit & Frank Smith pour Concordanses et de leur spectacle Coalition actuellement en tournée. Paul Ardenne, historien de l’art, créateur, entre autres, du concept de Corpopoétique, abordera la question de la relation au corps de l’autre dans la danse, en se basant sur la manière dont la vidéo et le film explorent cette relation.

©Coalition – Mylène Benoit / Frank Smith

On reprend

Un corps. Et la poésie dedans. Et inversement. Et inversement dedans dehors. Et inversement dehors dedans. Et comment un corps ? Qu’est-ce ça veut dire, avoir un corps ? Et comment il agit, un corps ? Et que peut-il, un corps ? Corps qui peut, corps qui bouge, corps qui rythme, et corps qui erre, comment ? Mobile, nomade selon quelles migrations et en ligne pour quels projets ? Et inversement : corps nomade selon quelle ligne et en migrations pour quels projets ? Des os et de la viande, comment ils agissent ? Des os et de la viande et le pouvoir en place, comment ? Le pouvoir qui cherche toujours à fixer, à incarcérer, à dominer, et le pouvoir qui se dissémine, comment ? Et la poésie là-dedans ?

Lire la suite du texte de Frank Smith, ici.
Pour en savoir plus sur le déroulé de la soirée, cliquer ici.
Et si vous souhaitez une invitation merci de contacter : barbara.s.polla(at)gmail.com

*VIDEO FOREVER 33* – ANIMAL DEATH

May 3rd, 7:30pm
Musée de la Chasse et de la Nature

Introduction : Claude d’Anthenaise – Conference : Barbara Polla & Paul Ardenne

With Katja Aglert, Véronique Caye, Georges Franju, Julia Ghita, Mihai Grecu, Pauline Horovitz, Signe Johannessen, Ali Kazma, Merve Kaptan, Erik Levine, Lucy & Jorge Orta, Tiziana Pers, Lucie Plumet, sintacti-k, Jeanne Susplugas.

Free Entrance. Registration mandatory : reservation@chassenature.org.

Just two years ago, in this same hunting and nature museum, Musée de la Chasse, we presented the 23rd session of VIDEO FOREVER, dedicated to the theme of death. A summary of the session can be found on the VIDEO FOREVER blog. We showed, among other things, a film by Raphaëlle Paupert-Borne about the illness and death of her daughter, whom she lost to cystic fibrosis at the age of 4 or 5. Everybody stayed to watch it in its entirety. It is a beautiful film. During the session, we also showed Ali Kazma’s film Slaughterhouse. It, too, is a beautiful film. In it, we witness animals dying in a kosher slaughterhouse in Istanbul. At least twenty people left the room.

Claude d’Anthenaise later proposed we organize a session dedicated specifically to the theme of animal deaths. And we asked ourselves: how is it that the death of this little girl was watchable but the animal deaths were not? There are likely several reasons for this. First, the death of the little girl was inevitable while that of the animals was imposed on them. But forced death does not systematically cause spectators to flee from the cinema – far from it. One might reply to this counter-argument that in war movies, men do not really die – but in war, yes, they do really die, just like animals at the slaughterhouse. Another assumption we may make to justify this differential sensitivity would be the question of innocence. All of us would need a kind of “protectorate of innocence.” Since humanity has lost all innocence as of a century ago, – we now realize that human beings are capable of the worst, overwhelmingly so – perhaps children, who are future adults, have also lost their innocence in our eyes. Perhaps animals now represent a kind of “natural reserve of innocence” that we should not tamper with. No matter that animals kill one another; they would nonetheless be exempt from the possibility of evil.

We therefore set out to research the best way to approach this theme, avoiding whenever possible that spectators leave from the outset – and although the artists’ videos assembled for this program do not provide answers to the fundamental questions we ask ourselves about animal deaths, they do allow us to more deeply explore the questions asked, including, among others:

* Is whatever makes us “mortal” beings – the consciousness of our death, both as individuals and as a species (human) – shared by animals? Are animals conscious of their own death – of death itself – in the same way men are?

* In representations that aspire to make us feel such a consciousness, how much of what we feel is “projection”? (This question is particularly apt in relation to video art..)

* Why do contemporary artists not represent animal deaths that occur naturally, even though animals die of natural causes? Why don’t they represent deaths that result from animals killing one another?

* Does the movement, at times fanatical, to prevent animals from dying correspond to the desire to prevent human death – and, faced with the impossibility of doing so, to a kind of détournement?

* What about rituals and ritualizations of death?

* Why would classic hunting images, which were, and still are, considered “beautiful” (see images in this museum) be maligned – or why are they –, insofar as they are contemporary?

* What do artists who deal with the subject of animal deaths tell us about our own relationship to death?

This program was conceived while keeping several themes in mind: deaths from natural causes; the question of conscience; ways of representing slaughterhouses, including choreography; hunting, fishing, and eliminating animals harmful to agriculture; tributes to endangered animals; the potential beauty in representations of death.

Thanks to Annie Aguettaz (Images-Passages), Janet Biggs, Camille Goujon, Laurie Hurwitz, Ida Pisani (Prometeo Gallery).

Il y a exactement deux ans, en ce même musée de la Chasse et de la Nature, nous présentions la 23ème session de VIDEO FOREVER, dédiée au thème de la mort. Vous pouvez en trouver la reprise vidée sur le blog de VIDEO FOREVER. Nous avions montré, entre autres, un film de Raphaëlle Paupert-Borne sur la maladie et la mort de sa propre petite fille, décédée de mucoviscidose à l’âge de 4 ou 5 ans. Vous étiez tous restés regarder. C’était un beau film. Dans le déroulé de la séance, nous avions également montré le film Slaughterhouse de Ali Kazma. C’est aussi un beau film. On y voit les animaux mourir dans un abattoir kasher à Istanbul. Au moins vingt personnes avaient quitté la salle.

Claude d’Anthenaise nous a alors proposé d’organiser une séance spécifiquement dédiée au thème de la mort des animaux. Et nous nous sommes interrogés : comment se fait-il que la mort de la petite fille soit regardable, et celle des animaux ne le soit pas ? Il y a probablement de multiples raisons à cela. D’abord, la mort de la petite fille est une fatalité, celle des animaux est infligée. Mais la mort infligée ne fait pas systématiquement fuir les spectateurs du cinéma, loin de là. On pourrait répondre à ce contre-argument que dans les films de guerre les hommes ne meurent pas vraiment – mais à la guerre, oui, ils meurent vraiment, comme à l’abattoir.
L’une des hypothèses émises pour expliquer cette sensibilité différentielle serait la question de l’innocence. Nous aurions tous besoin d’une sorte de « protectorat de l’innocence ». L’humain ayant depuis le siècle dernier perdu toute innocence – nous savons désormais qu’il est capable du pire, massivement – peut-être que l’enfant, futur adulte, a lui aussi perdu de son innocence à nos yeux. Peut-être que les animaux représentent désormais pour nous une sorte de « réserve naturelle d’innocence » à laquelle nous ne devrions pas toucher. Peu importe que les animaux se tuent entre eux, ils n’en seraient pas moins exemptés de la possibilité du Mal.

Nous nous sommes alors mis à la recherche de la meilleure manière d’aborder ce thème, en évitant dans toute la mesure du possible que les spectateurs ne quittent la salle d’entrée de jeu — et si les vidéos d’art réunies dans la programmation proposée ne vont pas apporter de réponse aux questions fondamentales que nous nous posons à propos de la mort des animaux, elles vont nous permettre d’approfondir les questions posées, qui sont, entre autres :

*Ce qui fait de nous des êtres « mortels » – la conscience de notre mort en tant qu’individus et en tant qu’espèce (humaine) – est-elle partagée par les animaux ? Les animaux ont-ils conscience de leur mort – de la mort – de manière similaire aux hommes ?

*Dans les représentations qui visent à nous faire ressentir une telle conscience, quelle est la part de « projection » ? (une question particulièrement adéquate quand il s’agit de vidéos…)

*Pourquoi les artistes d’aujourd’hui ne représentent-ils pas la mort naturelle des animaux, quand bien même les animaux meurent de mort naturelle ? Pourquoi ne représentent-ils pas la mort que les animaux se donnent entre eux ?

*La volonté parfois forcenée d’annuler la mort des animaux répond-elle du désir d’annuler la mort humaine – et devant l’impossibilité de ce faire – à une sorte de détournement ?

*Qu’en est-il des rituels, des ritualisations de la mort ?

*Pourquoi les images classiques de chasse qui étaient et sont encore considérées comme « belles » (voir les images du musée) seraient-elles – ou sont-elles – aujourd’hui décriées, dans la mesure où elles sont contemporaines ?

*Que nous disent les artistes qui travaillent sur la mort des animaux de notre propre rapport à la mort ?

La programmation elle-même a été conçue par thèmes : la mort naturelle ; la question de la conscience ; les représentations de l’abattoir, incluant la chorégraphie ; la chasse, la pêche, et l’élimination des animaux nuisibles à l’agriculture ; les hommages aux animaux en voie de disparition ; la possible beauté des représentations la mort.

Merci à Annie Aguettaz (Images-Passages), Janet Biggs, Camille Goujon, Laurie Hurwitz, Ida Pisani (Prometeo Gallery).

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante reservation@chassenature.org.

Rencontre-Conversation avec Paul Ardenne et Orsten Groom

Au 24Beaubourg, Mardi 25 Avril, 18h

Dans le cadre de l’exposition de peinture d’ORSTEN GROOMODRADEKdont Paul Ardenne est commissaire, nous sommes ravis de vous inviter ce mardi 25 Avril à 18h dans le grand espace du 24Beaubourg (24 rue Beaubourg, Paris 75003, Métro Rambuteau).
L’exposition dure jusqu’au 2 Mai.

« Orsten Groom capte l’œil du spectateur par ses tableaux libres d’expression, chargés de signes et de couleurs, aux puissants accents expressionnistes. Des « fatras », comme le dit l’artiste. Attention cependant, le style en apparence débridé cache ici une érudition assumée, qui se décèle en filigrane, sous la première couche du visible. Car Orsten Groom, au plus loin du débraillé, peint en vérité de manière encyclopédique, par accumulation de références. Chaque avancée, chaque gure posée dans le tableau en appelle une autre, implique des recherches complémentaires, structure la pensée, accroît la connaissance. .» (Paul Ardenne)

Suivront également dans la semaine:
– Vendredi 28 Avril à 18h : Conversation entre Orsten Groom et André Markowicz (traducteur et poète).
– Samedi 29 Avril à 17h : Conversation entre Orsten Groom et Vincent Corpet (Peintre)
– Lundi 1er Mai à 18h : Concert du Duo Arlt pour la fête du travail

Le finissage de l’exposition aura lieu Jeudi 2 Mai en présence de Paul Ardenne.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

VIDEO FOREVER 32 *DUO*


Projection le 15 mars à 19h30 à Paris
Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives, 75003 Paris

Avec, entre autres, Janet Biggs, Sean Capone, Brice Dellsperger, Shaun Gladwell, Dana Hoey, Gabriella & Silvana Mangano, Tuomo Manninen, Angela Marzullo, Yves Netzhammer, Luana Perilli, Tom Pnini, Shannon Plumb, Jhafis Quintero, RAYMUNDO, Matt Saunders.

En ce moment au Musée de la Chasse et de la Nature, un improbable duo d’artistes nous donne à voir comment le travail en commun entre deux artistes, en l’occurrence Roger Ballen, photographe, et Hans Lemmen, dessinateur inspiré par les enjeux liés aux représentations de la nature, peut gommer la distance qui les sépare. C’est dans ce cadre du DUO que s’inscrit VIDEO FOREVER – l’idée étant non pas de montrer les œuvres de duos d’artistes, dont l’histoire est riche – mais d’œuvres vidéo qui explorent le thème du DUO, thème fondamental de la création. Le Duo, le Double, le Doppelgänger, sont récurrents de toute l’histoire de la création, littéraire aussi bien qu’artistique et chaque duo recèle en filigrane la notion de duel.

En opposition au couple, le DUO a pour lui sa très grande malléabilité. Le cinéma en fournit maints exemples, entre Laurel et Hardy, à un bout du spectre, et les robots R2-D2 et 6po à l’autre extrémité. Le DUO n’induit pas la vie commune mais se nourrit d’un destin commun, qui n’est pas d’abord signifié par l’amour, l’affect, mais plutôt par la réciprocité. Là où un couple amoureux fusionne, le DUO met en scène deux entités qui jouent leur propre partition en s’épaulant l’une l’autre en fonction d’un but commun. Le DUO n’est lui-même que dans un mouvement permanent entre l’acceptation de l’autre et la tension avec l’autre.

Revenons au cinéma, dont on retrouve des accents dans l’art vidéo contemporain et pointons, le concernant, la multitude de duos dont l’intérêt vient de cette imparfaite condition du lien : Deux flics à Miami, 48 heures, et tant d’autres. La vidéo, elle, est un medium de choix pour la représentation du duo, que ce soit par la double projection, l’image en miroir, le speculum mentis, le portrait et l’autoportrait, le duo de l’artiste avec lui-même, jusqu’au duel. Car le DUO c’est aussi la mise en exergue du principe schizophrénique, lorsque Dr. Jekyll devient Mr. Hyde ou quand Le Horla de Maupassant piste dans son être propre la présence d’un autre qui est lui sans l’être. La fécondité thématique du DUO se nourrit de cette variabilité : deux êtres différents et le risque permanent de l’égarement, de la dissolution de l’un dans l’autre.

Remerciements à Anna & Francesco Tampieri (Tom Pnini) et à la Galerie Anna Schwartz (Gabriella & Silvana Mangano).

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante : reservation@chassenature.org

Dévotion et esthétisation à Majorque

L’art contemporain à la cathédrale de Majorque: l’oeuvre de Miquel Barceló dix ans plus tard
Colloque International le 3 mars 2017

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12 h 30Paul ARDENNE / Dévotion et esthétisation
CaixaForum Palma, plaça de Weyler, 3, Mallorca

Cette conférence a pour objet d’examiner les rapports tissés de manière immémoriale entre dévotion et représentation, en particulier dans les lieux de culte les plus contemporains – par Miquel Barcelo, à la cathédrale de la Seu à Palma de Majorque, notamment. Certains de ces lieux cultuels, traditionnellement, sont de nature religieuse. D’autres, de nature méditative ou démonstrative. Un regard sur les temples, donc, que l’on complètera ici avec un autre regard, sur quelques temples d’un nouveau genre : Dark Light Sanctuary de Charles Ross à Las Vegas New Mexico, Rothko Chapel de Houston, Windows on the West au Musée du Western à Oklahoma City, salle de méditation de l’hôpital de Garches…, entre autres.

Ce thème est entre tous essentiel, pour une raison évidente. L’homme est tout autant un être de foi (il a besoin de croire, et de croire même, parfois, dans les vertus de l’incroyance) et un esthète (l’homme est un être de représentation). Les plus anciennes sépultures décorées que l’on a retrouvées jusqu’à présent, celles, fouillées en 2015, de la Zone C du Belvédère de Maastricht, en Flandre, datent de – 250 000 ans et en apportent la preuve : à peine notre grand ancêtre homo neandertalis accède-t-il à la pensée métaphysique et à l’invention d’un séjour pour les morts séparé de celui des vivants, il entreprend simultanément de décorer ce séjour, de lui donner une forme qui n’est pas seulement physique mais qui est aussi rendue symbolique, par la décoration. Une décoration, dans ce cas fondateur, faite d’« ocre rouge », à savoir l’hématite, les particules de fer.

L’« ocre rouge » est riche en effet de cette coloration
si particulière qui suggère à la fois la rouille, qui évoque la mort, et la lumière, qui, elle, évoque la vie, une vie que la tombe enfouit dans la terre mais qui est appelée à continuer encore, veut-on croire, sous une qualité physique et métaphysique différente.

Dévotion et esthétisation : cette problématique, ainsi que l’a souhaité le comité scientifique de notre colloque, je vais en priorité l’envisager dans le prisme de la décoration de la chapelle San Per, ou chapelle du Saint-Sacrement, de la cathédrale Santa Maria de Palma de Majorque, la célèbre et gigantesque « Cathédrale de la Mer », une décoration achevée par l’artiste Miquel Barcelo il y a dix ans à présent.

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Cathédrale Santa Maria de Palma de Mallorca

Respectivement, j’accorderai d’abord une attention soutenue à cette décoration en tant que telle.

Ensuite, je comparerai à la chapelle San Per décorée par Miquel Barcelo d’autres créations du même ordre, dans ce but : montrer l’originalité et les spécificités de la fresque de l’artiste catalan. Cette œuvre, comme on va le voir, est à fois peinte et en bas-relief, elle est à la fois peinture et sculpture.

Enfin, en accord avec l’intitulé de ma prestation, je conclurai sur quelques réflexions en rapport avec l’articulation Dévotion / Esthétisation, en pointant ce qu’apporte en la matière l’ouvrage de Miquel Barcelo, et comment son œuvre de la chapelle San Per revitalise à sa manière propre l’art sacré.

*

La décoration de la chapelle San Per par Miquel Barcelo est un des plus importants programmes d’art sacré du début du 21e siècle. Quelle était, où moment où elle a été formulée par les commanditaires, la nature de la demande ? Il est proposé à l’artiste catalan, natif des Baléares, de décorer d’une fresque couvrante la quasi-totalité de la surface d’une des chapelles de la cathédrale gothique de Palma de Majorque, la chapelle San Per, d’une taille gigantesque : la base de l’abside mais aussi ses murs latéraux, qui s’élèvent à près de trente mètres. Soit, en tout, 300 m².

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Cathédrale de Palma de Majorque, la chapelle Sant Pere réalisée par Miquel Barcelo en 2007

Le thème que va développer Miquel Barcelo pour la chapelle San Per, en accord avec la position même de Palma de Majorque et son histoire, est celui de la mer. En filigrane, le thème marin retenu par l’artiste se conjoint à d’autres thèmes bibliques, la multiplication des pains et des poissons. Pas d’exclusive donc à la thématique pour laquelle opte Barcelo, très ouverte, même si l’observation de l’œuvre peut faire pencher pour cet autre thème, celui de la création des océans telle que la conte la Genèse.

C’est sur ce thème génétique, pour ma part, que je m’appuierai, qui ne contredit d’ailleurs pas celui de la multiplication des poissons ou des pains dont parlent les Évangiles : l’important, on va le voir, réside ici dans l’expansion, la prolifération, la puissance généreuse, sur fond premier d’énergétique, de mise en valeur de l’énergie.

Voyons la Genèse et le thème « océanique ».

Que dit la Bible ? Après avoir fait la lumière sur le monde et créé le jour et la nuit (jour un), Dieu sépare les eaux, en haut celles du ciel, en bas celles des océans (jour deux). Après quoi il crée la terre ferme et la végétation (jour trois), les astres et les planètes (jour quatre), « les oiseaux et les animaux marins » (jour cinq), l’homme enfin (jour six).

La fresque de Barcelo, si l’on se réfère à la Genèse et au récit biblique, se place donc entre le jour deux, celui de la séparation des eaux, et le jour six, la création de l’homme. Dans la fresque, les poissons sont déjà présents, ils frétillent en nombre sur la surface transparente des vitraux et certains viennent même respirer l’air nouveau de la vie en sortant leur tête du mur, au pied de l’abside. L’homme, en revanche, n’est pas encore apparu, même si l’on peut pressentir, au vu de la fresque, son arrivée imminente dans le cycle de la Création divine. On décèle çà et là, dans la fresque, des visages en formation, des fragments de corps en gésine voire des corps déjà formés mais pas encore passés de notre côté du monde, en cours d’élaboration et bientôt achevés.

Un simple regard sur le travail de Miquel Barcelo pour la chapelle San Per, d’emblée, l’atteste : les techniques qu’a choisies l’artiste pour réaliser son programme artistique ne sont pas les plus aisées à mettre en forme. Si sa thématique est lisible, la façon de la traiter se révèle au contraire des plus complexes. Pourquoi ?

D’abord, Barcelo fait le choix d’une décoration dont la fabrication requiert des gestes très différents les uns des autres. Outre peindre les murs, il lui faut aussi peindre les vitraux.

Concernant la réalisation de la fresque, de surcroît, l’artiste ne prévoie pas seulement de peindre à même le mur de l’édifice, de façon traditionnelle, mais de réaliser aussi au préalable et en atelier différents panneaux de terre cuite qui seront ensuite montés en placage contre le mur de l’édifice.

Il est décidé par l’artiste, encore, qu’une section murale de la surface peinte sera constituée d’épais crépis colorés de différentes couleurs bombardés in situ à même les murs hauts et certaines surfaces basses de la chapelle, au moyen d’un instrument à crépir.

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Alexandre Archipenko, Sculpto-peinture

On doit parler en conséquence, non de « fresque » au sens strict mais plutôt de peinture tridimensionnelle : une « sculpto-peinture », comme on le dit dans le langage de l’art, genre pictural inauguré voici un siècle par le peintre russe Alexandre Archipenko. Il s’agit là d’appliquer la peinture à l’horizontale mais aussi à la verticale du support, en saillie, avec ce résultat, un effet de bas-relief voire de ronde bosse, la peinture devenant sculpture et inversement, la sculpture devenant peinture.

Ce choix de la sculpto-peinture implique pour l’artiste une manière originale de travailler. Miquel Barcelo, plutôt qu’utiliser les outils ordinaires du peintre, va se servir en priorité de ses doigts, et pour mouler les formes, de ses poings. Cette façon de créer est très physique, très corporelle et très directe. Elle est, également, transculturelle : c’est là celle des âges premiers de l’art.

Les premiers peintres et sculpteurs, pour autant que l’on sache, peignent avec leurs mains ou en projetant de la matière colorée sur les murs au moyen d’un aérographe (un os creux utilisé comme sarbacane à pigments). Et quand ils sculptent, ils pratiquent le moulage manuel bien longtemps avant d’utiliser des outils d’incision et de taille.

Envisagée du point de vue de sa « manière », l’œuvre de Miquel Barcelo pour San Per revêt donc une double caractéristique.

Un, elle est à la fois la plus contemporaine et la plus primitive qui soit.

Deux, elle s’indiffère du principe même du progrès en art, de la recherche d’outillages sophistiqués. L’artiste, pour la réaliser, opte pour un mode de création intuitif et gestuel qui renvoie à l’art de la performance. Le geste créateur importe ici autant que les formes créées.

On le constate donc : le chantier de Miquel Barcelo pour la chapelle San Per engage d’un seul coup plusieurs compétences, plusieurs techniques, plusieurs traditions artistiques, de la plus archaïque, la peinture avec les doigts, jusqu’à la plus contemporaine, le canon à crépi peint, qui est d’ailleurs l’équivalent d’un aérographe mécanique.

Concernant ce chantier, il importe d’insister, encore, sur l’exercice physique et mental conjugué que représente la création de Barcelo pour la chapelle San Per.

L’exercice physique, d’une part.

Miquel Barcelo, pour réaliser son chantier, s’est en large part inspiré de l’œuvre Paso Doble, qu’il a réalisée quelques années auparavant avec le metteur en scène Josef Nadj, une œuvre jouée d’abord au Festival de théâtre d’Avignon, en France, puis un peu partout dans le monde, une centaine de fois.

Paso Doble, qui tire son titre d’un pas de danse, présente sur une scène Barcelo et Nadj aux prises avec un énorme mur d’argile. Ce mur épais, massif, constitue l’équivalent d’une frontière entre l’espace libre et eux-mêmes. Les deux protagonistes de Paso Doble se l’approprient bientôt en boxant sa matière, en le trouant, en la traversant comme on traverse un mur, en s’en servant enfin comme pâte à modeler pour sculpter des formes diverses : des oiseaux, des humains.

Cette mise en forme de l’argile, avant cuisson, est celle que privilégie Barcelo pour le chantier de San Per, en travaillant avec ses poings, d’un côté et de l’autre, dans son atelier, la matière argileuse. Qui plus est, en la travaillant des deux côtés, devant et derrière. L’équivalent d’un travail de boxeur sur un punching-ball.

L’exercice mental, d’autre part.

Miquel Barcelo, en créant le décor sculpto-peint de la chapelle de San Per, rejoue sans conteste le mythe de la création. Il s’intronise l’équivalent, sur le mode mimétique, du créateur divin en charge de faire le monde, et ce au moment où naissent les océans et où l’homme va naître, conformément à ce que dit la Genèse.

La création plastique, ici, s’accompagne d’une pensée en connexion directe avec le geste, une pensée de la révélation : il faut faire advenir dans matière et dans la couleur les matières mêmes que crée Dieu. Non que Barcelo se fasse Dieu en créant, il absorbe mentalement l’économie de la Genèse, il la joue tout en la formulant plastiquement, il intériorise la Création divine en l’extériorisant dans le même mouvement.

Cette manière de procéder, sans nul doute, est exaltante, elle fait de l’artiste l’égal métaphorique de Dieu, le créateur (avec un peu « C »), le Schöpfer. Une manière de procéder, n’en doutons pas, éreintante peut-être mais portée par ce principe essentiel, sur lequel nous allons passer un peu de temps à présent, l’énergie déployée, l’énergie tout court.

*

Miquel Barcelo, à la chapelle San Per de la cathédrale San Maria de Majorque, figure un devenir, quelque chose qui advient, un événement qui est un avènement. Un Erlebnis.

Erlebnis ? Le terme allemand désignant l’« événement » est sans conteste plus intéressant que le terme français : dans Erlebnis, il y a le suffixe « Leb », pour « Leben », qui signifie « vivre ». Barcelo, à San Per, représente la création de la vie et il est bien clair que cette création est inconcevable sans la mise en avant du principe énergétique. Toute la Genèse est énergie, énergie primordiale. Le septième jour advenu, son ouvrage accompli, Dieu peut enfin laisser retomber l’effort, en finir avec le déploiement de l’énergie et regarder son œuvre.

Ce septième jour, celui de l’inertie et non de l’énergie, celui de la contemplation de l’ouvrage et non de l’action qui fait l’ouvrage, voilà qui n’intéresse pas l’artiste. Pour Miquel Barcelo, créer c’est mettre en forme la vie, rendre la vie vivante, si je puis me permettre, et non la contemplation. L’artiste catalan, à la chapelle San Per, se comporte avec limpidité comme un artiste baroque, en aucune manière comme un artiste classique. Pour l’artiste de l’âge classique, vous vous en rappelez, c’est la contemplation qui doit être offerte au spectateur de l’œuvre d’art. C’est le moment où l’énergie est retombée, pas le moment où elle se donne de manière expansive et créatrice.

*

Cette question du rapport à l’énergie va guider à partir de maintenant mon propos sur dévotion et esthétisation.

En me fondant sur ce constat : l’esthétisation des choses en rapport avec le sacré est toujours l’occasion d’exprimer un rapport d’élection avec l’énergie, dans deux directions opposées : soit l’on libère l’énergie – ce qui signifie métaphoriquement que la foi même est une sensation vive, qui doit s’expérimenter sans cesse, qui bouge –, soit l’on contraint l’énergie, ce qui pourrait signifier cette fois que la foi est acquise pour toujours, qu’elle est là et que plus rien n’est à remettre en cause.

Les liens entre l’art et le sacré, nous le savons, sont immémoriaux. Ils sont à l’origine des œuvres d’art les plus prodigieuses que l’humanité ait jamais créées, sous l’espèce des temples et de leur décoration, toutes religions et toutes époques confondues. L’artiste du paléolithique inférieur, de l’antiquité, de l’âge médiéval puis classique, qui est un homme de foi, se porte volontiers à la transcendance, et sa création résonne de cette transcendance, depuis la grotte Chauvet jusqu’au Paradis du Tintoret, depuis Angkor Vat jusqu’à l’église de la Sagrada Familia d’Antoni Gaudi, depuis les pyramides du Soleil et de la Lune de Teotihuacan jusqu’aux têtes géantes de l’Île de Pâques et la sainte Chapelle de Paris.

Concernant la période moderne puis contemporaine, les données sont cependant différentes. Nous sommes entrés, alors, dans ce que les philosophes appellent « l’ère du soupçon », qu’incarne la trilogie Marx-Nietzsche-Freud. L’affirmation princeps des philosophes de l’« ère du soupçon », c’est l’affirmation de la mort de Dieu, l’avènement du règne de l’homme et le vide du ciel.

Cette désacralisation, certes, n’affecte pas tous les artistes modernes ou contemporains. Beaucoup continuent à créer dans l’esprit de la foi. On a cité Antoni Gaudi, on pourrait aussi bien citer Marc Chagall auteur du cycle du Message Biblique, Georges Rouault, Graham Sutherland ou encore Andy Warhol, catholique pratiquant et habitué de la cathédrale Saint Patrick située sur la 5e avenue à New York – Warhol dont l’œuvre, au-delà du pop art, doit être relue à la mesure de sa foi chrétienne. Une œuvre que traversent en profondeur, en effet, les thèmes de la mort et de la résurrection.

Dévotion et représentation, cependant, font de moins en moins bon ménage à mesure que s’imposent la modernité et ses pendants, l’agnosticisme et l’athéisme. Un nouveau régime de représentation se met en place, dont le plus célèbre exemple est donné par la fameuse – et fumeuse – Fête de l’Être suprême, en France, durant la Révolution, organisée par Maximilien Robespierre, alors à la tête du pouvoir révolutionnaire, et par son associé pour les choses de la propagande artistique, le peintre conventionnel et régicide Jacques-Louis David.

Robespierre, qui considère l’athéisme comme dangereux, en fait brûler en place publique, dans une grande cérémonie incantatoire et conjuratoire, l’effigie, tandis que surgit de la fumée la figure majeure de la Raison, nouvelle déesse des temps modernes.

La Fête de l’Être suprême est un événement inaugural important, à ce titre : il signale que tout changement du régime de la foi implique un changement de la représentation de la foi, et de la représentation tout court. Exactement en somme ce que nous a enseigné, quelques siècles plus tôt, le passage de la Renaissance au baroque sur lequel je reviens dans un instant, impulsé par le Concile de Trente à des fins politico-religieuses, dans le but de lutter contre le protestantisme.

L’art de la Renaissance, rappelons-le, est fondé sur la stabilité des formes et des valeurs symboliques comme plastiques, il s’inspire de l’idéalisme platonicien et du concept d’éternité immobile des valeurs sacrées : le vrai, le juste, le beau restent et demeurent le vrai, le juste et le beau sans jamais varier, pour l’éternité.

Le baroque, au contraire, va mettre en avant l’effervescence de la vie, la création du monde en continu, l’instabilité : il favorise en cela et pour cela l’émergence de formes plastiques non plus stables mais mobiles et instables. Exactement ce qu’il faut pour raviver la foi hésitante des chrétiens d’alors, une foi que va dynamiser et réactiver dans le sens de l’exaltation catholique ce grand mouvement mis dans les formes que concrétise le baroque, métaphore de l’activisme divin, contre le resserrement sur le soi, la morale intime et le rigorisme que représente la foi telle que l’entendent les protestants.

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