Category Archives: Art contemporain

VIDEO FOREVER 38 « CE MONDE QUE NOUS N’AVONS PAS ENCORE PERDU »

Ou comment l’art tente d’inverser le rapport actuel entre culture dépressive de l’anthropocène et aspiration bienheureuse à l’Eden.

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Natura Loci en Haute-Gaspésie

Natura Loci, la « nature du lieu » : ces deux termes mariés renvoient par analogie au concept de Genius Loci, de « génie du lieu ». Tout comme chaque lieu, chaque endroit, chaque place ont leur « génie » propre, propice à les distinguer, il en va de même pour ce qui est de leur « nature ». S’intéresser à la « nature » du lieu (plus qu’à son « génie » réel ou supposé) suppose toutefois que l’on s’éloigne du préjugé et de toute approche sublimée. Pour se concentrer, au plus près, sur le lieu lui-même : ses spécificités multiples, son paysage, son cadre de vie, sa population.

« Natura Loci »– l’exposition – prend place au creux d’un village de Haute-Gaspésie, Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, signalé par son caractère fort.

La Haute-Gaspésie, territoire dur, malmené par le climat, est un univers où la vie s’enracine avec ferveur mais aussi avec difficulté. Un tiers des habitants, depuis trente ans, ont quitté Sainte-Madeleine, bourgade typique de la vie gaspésienne et de ses rigueurs. Si l’activité économique y demeure notoire (bûcherons, sciage du bois, chasse, pêche, tourisme), elle n’est pas sans connaître des aléas et des tensions, au risque de la déshérence. Ce territoire, loué volontiers pour sa beauté supérieure (la « nature » y est triomphante, sauvage, omniprésente), est un rocher auquel l’homme s’accroche de haute lutte. Ici plus qu’ailleurs, il ne faut pas se suffire du « paysage » mais, plus intensément, le vivre, l’expérimenter.

Avec « Natura Loci », le Magasin Général Studio international en création multidisciplinairede Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine met en valeur les créations plasticiennes de trois artistes en résidence, en amont de l’exposition elle-même, Patrick COUTU,Michel DE BROINet Séverine HUBARD, deux Canadiens et une Française donc, pour les convier à travailler à partir du territoire local. Une invitation a également été faite à l’artiste new-yorkaise Janet BIGGS, récente lauréate d’un Guggenheim Award, afin de présenter sa vidéo Warning Shot, une alerte contre le réchauffement climatique et la dégradation environnementale qui affecte notre Planète.

La nature, le paysage, le présent, la mémoire, la vie matérielle, tout ici est prétexte à création, à « artialisation », au terme d’une période de proximité mettant l’artiste au contact du lieu et de ses habitants. Les artistes invités (à l’exception de Janet Biggs, dont le propos est plus universel, quoique non désolidarisé des problèmes que connaît la Haute-Gaspésie) œuvrent à partir du contexte local et en fonction de celui-ci. Une interrelation entre la création et le lieu est attendue, justifiant le principe de la résidence. L’art échange avec l’environnement gaspésien, et vice-versa.

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VIDEO FOREVER 35 *IN THE SCREENING ROOM OF MY SLEEPING BRAIN*

Jeudi 15 mars au 22 Visconti

VIDEO FOREVER 35
*IN THE SCREENING ROOM OF MY SLEEPING BRAIN*
Thursday, March 15 – 7 pm
22 rue Visconti, 75006, Paris

VIDEO FOREVER with Point Contemporain
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While breathing,
we touch this world.

While dreaming,
we create this world.

Noritoshi Hirakawa, 2017.

Dreams keep us busy night and day. There are many diverse ways to sleep and to dream, or not to sleep and to dream. Insomniacs, sleepwalkers, dreamers… we all design the world: dreaming indeed is not (only) an escape or a way to live another life, the life we can’t or won’t live — no, dreaming is an intense activity of sampling, recalling, organizing the millions of images that every day we accumulate in our « screening room ». Deconstruction of stored images, reconstruction of novel realities, creation of surreal, hyperreal images: in the screening rooms of our sleeping brains, movies get produced and forgotten at incomparably faster fate than in Hollywood… Moving dreams become moving images: form science to art. Video art. Moving art.

Those who can still dream do not sleep any more (mounir fatmi). We don’t sleep, we dream !

Join our dreams… with videos by Louidgi Beltrame, Véronique Caye, mounir fatmi, Clare Langan, Lucy Lindsey, Ruth Lingford, Virgile Novarina, Julia Charlotte Richter,  Lily Scherlis, Ornela Vorpsi and more

Thanks to : François Bonenfant ; Janet Biggs ; Philippe Jousse, Jousse Entreprise ; Marcel Marette ; Matt Saunders ; Valérie Toubas et Daniel Guionnet, Point Contemporain ; Les Vitelloni, Paris ; Visconti 22.

Les Conférences de la Cambre

Le devenir des artistes contemporains ? Bien des indices – esthétiques, marchands, symboliques – informent d’un glissement notoire vers la soumission. Que comprendre ? L’emprise du lieu commun, du cliché, de la réactivité émotionnelle de masse, le tout démultiplié et magnifié par des médias serviles essentiellement soucieux de promotion marchande, finit par générer des créateurs sans qualité toujours plus nombreux. Avec des œuvres en rapport, standardisées, conformistes en diable, profilées pour l’intégration, au pouvoir critique nul.

Est-ce un problème ? Non si l’on considère que la vocation de la culture est de fournir un décor à nos modes de vies, sur le mode de l’accompagnement gratifiant. Oui, en revanche, si quelque chose en nous se cabre au vu de ce qu’est devenu notre monde au registre de l’humanisme, un prodigieux ratage collectif.

En savoir plus sur la conférence, ici

Clouzot et les arts plastiques. Après Paris, une suite contemporaine à Niort

Treize artistes plasticiens présentent au Pilori et au Pavillon Grappelli des œuvres qui leur ont été inspirées par les films de Clouzot. C’est tout l’univers du cinéaste qui est ainsi évoqué 40 ans après sa mort, à travers des dessins, des sculptures ou encore des installations vidéo.

Vernissage le 26 janvier à 19h, en présence de Paul Ardenne, commissaire d’exposition.

L’exposition « Henri-Georges Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine » a quitté le quartier du Marais à Paris pour s’installer au Pilori et au Pavillon Grappelli à Niort, du 26 janvier au 10 mars. Treize grands noms de l’art contemporain se partagent l’affiche. C’est Paul Ardenne, écrivain et historien de l’art, qui les a réunis. A chacun d’eux, il a demandé de réaliser une œuvre en lien avec l’univers cinématographique de Clouzot : peinture, dessin, sérigraphie, photographie, vidéo, installation…

Des films, certains « ont extrait une scène particulière, d’autres, une ambiance » comme l’explique Paul Ardenne. « Parfois, c’est un thème cher à Clouzot qui fait l’objet d’un développement plastique : la femme, l’énigme, le mystère, la conspiration. »

François Boisrond (dessins, installation) et Myriam Mechita (sculpture, installation vidéo) se sont inspirés du film « Les Diaboliques », Miguel Chevalier (dispositifs lumineux) et Aurélie Dubois (photographies, dessins, sculptures, vidéo…) du film « La Prisonnière ».

Philippe Dupuy (dessin) et Orsten Groom (peinture) ont pris comme point de départ « Le Mystère Picasso». Ange Leccia (installation vidéo) et Frank Perrin (série photographique) ont plongé dans « L’Enfer ». Filip Markiewicz s’est intéressé aux personnages du « Salaire de la peur » (dessin), Tïa-Calli Borlase à ceux de « Quai des Orfèvres » (série de matériaux détournés en sculptures, photographies), Alexandra Mas au thème de la femme dans les films de Clouzot (installation numérique de réalité virtuelle).

Agnès Pezeu s’est quant à elle focalisée sur « La Vérité » : son accumulation de langues en porcelaine par exemple évoque le flot de paroles qui sature le procès de l’héroïne du film.

Enfin, Claude Lévêque a réactualisé deux sculptures de néon tirées de sa série Murmures en lien avec l’univers de Clouzot.

Visites commentées par Paul Ardenne, samedi 3 et dimanche 4 février à 15h. Gratuit, sur inscription le jour même au point infos du festival.

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CLOUZOT, UNE SUITE CONTEMPORAINE – ce soir à 18h @Topographie de l’Art

Commissaire : Paul Ardenne, sur une idée de Ghislaine Gracieux

Avec François Boisrond, Tïa-Calli Borlase, Miguel Chevalier, Nina Childress, Aurélie Dubois, Philippe Dupuy, Orsten Groom, Ange Leccia, Claude Lévêque, Filip Markiewicz, Alexandra Mas, Myriam Mechita, Frank Perrin, Agnès Pezeu

Topographie de l’Art, 15 rue de Thorigny, 75003

Henri-Georges Clouzot, 1907-1977, cinéaste français, auteur mémorable de plusieurs chefs-d’oeuvres du Septième art que tout un chacun a en tête : Le Corbeau (1943), Manon (1949), Quai des Orfèvres (1947), Les Diaboliques (1955), Le Salaire de la peur (1953), La Vérité (1960), La Prisonnière (1968)… Le réalisateur, aussi, du Mystère Picasso (1956), qui reste à ce jour un exemple inégalé de saisie, par l’oculus cinématographique, de la création plasticienne en train de se faire. Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, un peintre (et quel peintre : rien moins que le créateur immortel de Guernica) réalise sous les yeux du spectateur plusieurs tableaux, une création dont on a tout loisir de découvrir alors toute la complexité, et les errements, en témoin privilégié.

« Clouzot et les arts plastiques : une suite contemporaine » : cette exposition de travaux émanant d’artistes plasticiens (des dessinateurs et des peintres, des vidéastes et des installationnistes) pourrait résulter d’une hérésie, mélanger deux types d’expression que l’histoire culturelle a plus opposés que réunis : le cinéma, art par excellence du récit et de l’émotion pulsative ; les arts plastiques, apologie, dans leur composante moderne, de la forme libre sans connexion obligatoire avec le réel et offerte le cas échéant à une méditation lente. Pourquoi, alors, cette exposition ?

Henri-Georges Clouzot ne fut pas seulement l’amateur d’art que l’on sait, le cinéaste du Mystère Picasso puis, avec sa seconde femme Inès Bise, un grand collectionneur d’art (la collection Clouzot, riche d’oeuvres majeures du xxe siècle, sera léguée à la mort d’Inès, en 2011, au Secours Catholique, avant d’être dispersée chez Christie’s lors d’une vente mémorable). Encore : son cinéma, en profondeur, est travaillé par les effets plastiques, il s’enrichit volontiers de l’apport, au domaine de la forme libre, des artistes de son temps, Picasso déjà cité mais aussi d’autres artistes dont l’univers vient irriguer ses images cinéma et leur construction. Hitchcock, dans La Maison du docteur Edwards, confia-t-il la conception d’une scène de rêve à Salvador Dali ? Clouzot, dans La Prisonnière, fera du peintre cinétique Gilbert Moreau, incarné à l’écran par Bernard Fresson, un personnage principal et, du milieu des artistes de l’abstraction géométrique, le cadre de ce drame où les ambitions créatrices se marient mal avec la passion amoureuse.

Treize artistes plasticiens, venus d’horizons différents, ont accepté de relever ce défi : donner une « suite » au cinéma d’Henri-Georges Clouzot au moyen de leur propre registre d’expression. Tous entretiennent avec le créateur de L’Enfer (1964 ; un film inachevé mais dont les essais coloristes anticipant le tournage, transfigurant Romy Schneider, sont restés « culte ») une relation étroite, intimiste, profonde toujours. Clouzot, pour eux, se fait inspirateur, maître à penser de la forme ou du propos, générateur de création. Henri-Georges Clouzot et les arts plastiques : une suite contemporaine offre l’occasion d’évoquer, selon une modulation autre que cinématographique, celle des arts plastiques, les grands thèmes chers à Henri-Georges Clouzot : l’amour fatal, l’angoisse, la noirceur morbide, la trahison, la jalousie, la relativité, la folie, la pulsion paranoïaque, le voyeurisme, le mystère enfin, omniprésent chez le cinéaste et dans son oeuvre filmique, hantée par ces question immémoriales : comment advient-on à l’humanité ?, comment se construit-on ?, pourquoi l’autre est-il invariablement un empêcheur de vivre, d’aimer, d’être soi-même ?

S’il tient une place certaine dans l’histoire du cinéma, Clouzot en tient une, également, dans l’histoire de l’art, surtout à compter de L’Enfer et de La Prisonnière, deux films où les arts plastiques sont convoqués. À titre expérimental pour L’Enfer, à travers les recherches formelles que fait Clouzot, qui sont pour certaines fascinantes, en matière d’éclairage des corps humains notamment. À titre historiciste dans La Prisonnière, où l’action se passe dans le milieu de l’art cinétique et dans celui des amateurs et des collectionneurs d’art contemporain.

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