Category Archives: Presse

Belly Le Ventre sur Esprit Presse

Le lecteur appréciera au fil des pages de ce roman une écriture riche, inventive et rythmée, imagée et savoureuse. Nous le refermons repus et satisfaits, comme consolés du temps qui passe et des petites misères du quotidien. Justement, à l’heure de l’hyper-vitesse, Belly Le Ventre s’offre comme une délicieuse façon de se poser, de prendre le temps de déguster chaque formule et de reprendre du poids par la lecture de ce texte hyper-calorifique. L’auteur nous conte la tentative des « Ventriens » de conquérir le pouvoir absolu sur les autres « Organiques », après avoir mis à mal le règne utopiste et sans saveur des « Unitaires ». Cette aventure, c’est Belly qui nous la raconte. Ce Ventrien pur gras s’adresse à nous, « Mondiens d’hier », afin de nous annoncer la fin prochaine d’une humanité censée fédérer tous les sens, toutes les sensibilités, tous les organes. Dans le monde imaginé par Paul Ardenne, le sens laisse place à l’organe et entreprend de gagner son indépendance vis-à-vis d’un fédéralisme mou et insipide. Dans ce futur, Belly nous fait alors découvrir la luxuriance hyper-protéinée d’une humanité ventrique pour qui seuls comptent le plaisir et la nourriture, que dis-je, l’engouffrement : « Le ventre agit pour être satisfait, point. » Une façon de questionner la phase anale de notre société, où nous passons notre temps et dépensons toute notre énergie à nous regarder, à nous dévorer, à nous repaître de nos instincts les plus vils ? Belly, le Gargantua du xxie siècle ?

Bertrand Naivin

Advertisements

Paul Ardenne dans “Milenio”, Mexico City

Pour lire l’article, cliquer ici

Une histoire inimaginable que pourtant Paul Ardenne a imaginée

Belly le Ventre s’adresse aux gens du passé, c’est-à-dire aux gens d’aujourd’hui, pour leur conter une histoire qui se passe sur Terre, dans le futur. Une histoire inimaginable, que pourtant Paul Ardenne a imaginée, comme une fable sur le pouvoir et sur les hommes, lesquels, bourrés de contradictions, se veulent à la fois semblables et différents les uns des autres.

Au début était la République Unitaire: ses partisans avaient mis fin à la Querelle des Pas-Pareils. Les Mondiens devaient être tous pareils: tous pareils on ne peut pas se jalouser, se voler, se haïr. Il n’y aurait plus de violences, oh la belle vie tendre et molle! Tous pareils on n’a plus qu’à jouir de soi en étant sûr de ne pas susciter l’envie d’autrui.

Cet égalitarisme intégral n’était pas du goût de tout le monde. Les Organiques conspirèrent contre cet État monstre qui leur avait ôté leur identité. Pour l’abattre, ils se coalisèrent et créèrent la Forte Alliance des Huit Organes, la FAHO, c’est-à-dire l’alliance de ceux qui sont du Ventre, de l’Oeil, du Nez, du Cerveau, du Muscle, de l’Oreille, du Sexe et du Coeur.

Les Unitaires prétendaient, eux, qu’ils étaient de tous ces organes à la fois, des tout-en un. Belly, son nom pléonastique l’indique, est du Ventre, organe supérieur aux autres: en mangeant on peut continuer à vivre sans voir, sans sentir, sans penser, sans bouger, sans entendre, sans forniquer ou sans aimer, tandis que sans manger on ne peut tout simplement pas vivre…

La victoire de la FAHO sur la République Unitaire a d’ailleurs été acquise grâce à la stratégie guerrière des Ventriens, créer la faim: parce-que-si-tu-bouffes-pas-tu-crèves. C’est alors que l’Apartheidie Fraternelle a été fondée, la patrie des Organiques réunis, des heureux séparés, basée sur ce principe sage et pétri de bon sens: si l’on est différents, on ne vit pas ensemble:

On n’est même pas obligés de nous aimer, oh que non, on coopère si on veut et si l’on ne veut pas, eh bien on ne coopère pas. Évidente, limpide, cristalline Apartheidie que la nôtre! Séparés et amis, amis de loin plus que de près. C’est ainsi que nous sommes frères et soeurs, quelle que soit notre obédience.

Rien n’est durable en ce monde, les êtres et les choses tout comme les régimes politiques. Belly raconte ce qu’il advient de cette fraternité entre obédiences quand l’une d’elles vise à la suprématie. Ce picaro raconte aussi les moeurs de son obédience avec un vocabulaire que n’aurait pas désavoué François Rabelais ou que Jean-Marie Bigard ferait sien…

Il va de soif qu’un Ventrien comme Belly s’exprime en rotant et en pétant – pour ne pas dire davantage -, que ses propos sont de haute graisse et qu’il faut de l’estomac – et ne pas avoir les foies – pour avaler ce pavé parfois saignant. Mais la récompense est au bout du volume, dans l’épilogue, où le maître à penser du narrateur, Ptôse le bien nommé, paie de sa personne…

Francis Richard

Pour accéder à l’article, cliquer ici

Home, Poor Home

Camp Yézidi en plein Erbil – Irak

Pour lire l’article qui paraitra dans Archistorm n°84, cliquer ici.

Gallery

L’Œil de Paul Ardenne sur Raynaud

This gallery contains 2 photos.

Belly par Jean-Paul Gavard-Perret : jouissif et terrible

Le « tout pour la tripe » de Frère Jean des Entommeures duQuart Livre trouve en ce  livre-fleuve d’huile de vieilles noix une nouvelle déclinaison. Il ne conjugue pas le ventre sur la simple appétence personnelle. « Belly » devient une de ces  fables sublimes et grotesques qui traversent la littérature roturière de Rabelais à Jarry jusqu’à Novarina et aujourd’hui Ardenne. Ce dernier n’y va pas par le dos de la cuillère. C’est aussi jouissif que terrible puisque l’auteur montre comment le monde est régi. L’ambition des puissants sous couvert de costumes – parfois à 6000 euros pièces – est de se satisfaire en faisant de tout sujet un serviteur.

L’astuce d’Ardenne tient à la démonstration des agissements du potentat « idéal » à travers la symbolique du corps. Cœur, sexe, cerveau, membres ne sont qu’à la remorque de « Messer Gaster ». L’omnipotent n’est pas le plus important du lieu mais il se fait passer pour tel et tout. Si bien que la “science” ou ce qui en tient lieu est gastrique où n’est pas.

C’est féroce et roboratif à souhait. Il s’agit de s’en payer une bonne tranche avant de retrouver nos vacations farcesques au service du monstre chérissable et sa « surenchair». Niçoises les femmes lui préparent des salades, et les choutes de Bruxelles mitonnent, ce qui donnera suffisamment de CO2 pour faire klaxonner son sphincter. Mâles et femelles ne sont donc que ces « organiques »  prêts à tout pour  offrir l’orgasme à l’ogre qui les digère.

La prouesse épique et épistémologique devient une immense fatrasie physique et politique. Et un tel trip en triperies agit comme laxatif comique au peu que nous sommes : larrons foireux des ladres qui nous gouvernent. Au rang des dévorées et des Jacqueline les fatalistes, Ventriloquie son épouse fait figure de Madame Trump ou Madame Fillon. C’est dire ce qu’il en est du monde. Exit les belles de cas d’X, Chimène  est chimère quand à Belly il chie mère et père.

Au sein de cette cour des miracles, ce harlem des nègres blancs, Ardenne prouve qu’il n’est donc pas qu’analyste mais inventeur de langage – présent déjà dans Sans Visage.  MaisBelly Le Ventre est à ce jour son livre le plus puissant. Celui qui souffre depuis son enfance de ses entrailles, trouve là un moyen d’en faire un opéra – entendons une ouverture. Les miasmes sont parfois insupportables. Mais le livre tord les boyaux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Accéder à l’article de Libr-critique en cliquant ici.

Belly le Ventre sur le littéraire

Messer Gas­ter

Le « tout pour la tripe » de Rabe­lais semble aller comme un gant (ou une panse) à Belly. Il est gar­gan­tuesque mais selon un mou­ve­ment qui ne peut le limi­ter à l’image du jouis­seur ava­lant. Il doit com­po­ser avec tout ce qui reste, l’entoure, l’accompagne et qui fait de lui un concerné consterné. Mais sa posi­tion n’est pas seule­ment per­son­nelle et donc for­cé­ment atra­bi­laire. Ardenne fait du héros de sa fable en KK lie” un bliz­zard (vous avez dit bliz­zard) qui souffle sur le monde pour trans­for­mer la farce intime en pam­phlet poli­tique.
D’un corps à l’autre, le mirage est trom­peur : Ardenne fau­file des dunes de nom­bril à la cam­pagne poli­tique si bien que le rose pas­tel du ventre en s’ouvrant prend des cou­leurs de foi­rades. Preuve que son cogito se trans­forme en un « je panse donc je suis ». La ven­trie est potente et n’est là que pour ser­vir ses propres appé­tits. Cer­veau lent, sexe, muscle, yeux et membres se conjuguent afin que le ventre soit unique par le mul­tiple. Ils servent la « gas­tro­cause », en deviennent les sol­dats, les vas­saux, la pié­taille. Belly est donc à sa manière une nou­velle ver­sion d’Ubu. Ce qui est divisé, il l’annexe à son pro­fit et dis­cri­mine à sou­hait pour mieux asser­vir à ses envies et sa concupiscence.

Cela appelle à une raie-volution là où tout pour­rait se trans­for­mer en « huile » de vidange. Mais il y a encore loin du pot au sphinc­ter et ses fines brumes azo­tées. Le ventre devient ainsi l’immense méta­phore gon­flée à sou­hait de l’épopée aussi inhu­maine qu’humaine. Belly reste le porc épique, le maître absolu. La langue de l’auteur lui donne sa puis­sance. Elle montre ici son fonc­tion­ne­ment, son capi­tal sym­bo­lique. S’y sélec­tionnent les abat­tis aux­quels le pou­voir impose une hégé­mo­nie qui les tient à l’écart tout en les met­tant à son ser­vice.
Ardenne fran­chit la ligne rouge par sa sotie magis­trale. Rien ne plus vivant que cette farce aussi ter­rible que vivante. Au cœur de l’idéologie, elle la fait écla­ter. Et ce, au pays qui se veut celui des droits de l’homme et de l’universalisme. Mais, de fait, l’auteur prouve que la France à sa manière n’est pas mieux que bien des Etats esti­més sans morale.

Le ventre devient l’appareil d’Etat avec ses normes « énhaurmes » accep­tées voire ren­for­cées par les usa­gers, en dépit de leurs dis­cri­mi­na­tions subies et cor­ré­lées à des cri­tères injustes. Les « membres » n’ont plus le pou­voir de ren­ver­ser celui dont il serve l’appétit et la glos­so­la­lie. Il trouve fina­le­ment cela nor­mal, ils ne pro­testent plus. L’omnipotence est accep­tée par les domi­nants et ils y contri­buent. Au gros ventre de la pre­mière répond le gros dos des seconds.

jean-paul gavard-perret

Paul Ardenne, Belly le ventre, Edi­tions La Muette, Le Bord de l’eau, 2017, 352 p.

Accéder à l’article, en cliquant ici.