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La volte-face éblouie d’Éva Magyarósi

 

Barbara Polla et Paul Ardenne permettent à la jeune surdouée hongroise du dessin Éva Magyarósi d’être, enfin, présentée à Paris. Un critique hors norme, et deux femmes d’exception qui se rencontrent. De quoi susciter la curiosité. La Diagonale de l’art a voulu comprendre les secrets de cette nouvelle alliance. EXPOSITION À DÉCOUVRIR AU 24BEAUBOURG jusqu’au samedi 16 février.

La passion de Barbara Polla femme médecin, écrivaine, mère, curatrice, ex-conseillère nationale libérale Suisse semble évidente lorsqu’on découvre le caractère de profusion hybride dont témoigne l’œuvre de la jeune artiste hongroise ! En regardant la vidéo de l’artiste projetée dans première salle d’exposition de la galerie 24 Beaubourg, nous demandons à la galeriste d’en expliquer sa genèse.

Barbara Polla : « Il y a 42 dessins qu’elle a fait pour préparer l’animation que l’on peut voir dans la première salle. Et ce sont tous des dessins qui datent de la fin 2018, début 2019. »

Le sentiment d’étrangeté mêlé à une douce cruauté est immédiat.

« Il y a toujours une dualité dans les dessins d’une part maudite, et un souffle de douceur. Ainsi ce qu’Éva Magyarósi dit des mains, est très beau. Les mains sont à la fois la caresse angélique, mais également la plaie, le coup, la violence ! »

Effectivement, une violence sourde est manifeste dans l’œuvre de l’artiste hongroise. « Mais elle est sublimée », ajoute aussitôt Barbara Polla.

« En Hongrie où elle enseigne elle est la star de l’animation – mais hélas, on ne la connait peu en France, à part le Château du Rivau en France où elle a fait une résidence récemment.«

De fait, Éva Magyarósi (Veszprém, 1981) est une artiste multimédia basée à Budapest. Elle crée des sculptures, des photographies, des dessins, des nouvelles et des vidéos. L’art vidéo est certainement son médium le plus remarquable car il combine toute sa palette de techniques de production. Ses œuvres peuvent être vues comme des récits privés, selon l’expression de Paul Ardenne qui assure le commissariat de l’exposition en partenariat avec Barbara Polla, des narrations intimes suspendus entre onirisme et réalisme. Elle est diplômée du département d’animation de l’Université d’Art-Design de Moholy-Nagy et a été honoré en 2018 par le grand prix hongrois UniCredit. Elle a également représenté la Hongrie à la Biennale de Kochi-Muzaris en 2018. Ses expositions personnelles majeures ont été présentées au musée Ferenczy, Szentendre en 2018; auparavant au Kunsthalle de Budapest en 2012. Ellea une galerie à Budapest depuis 2009 (Galerie Erika Deak). Les œuvres de Magyarósi figurent également dans d’importantes collections publiques et privées, notamment celles du MONA (Australie) et du Château du Rivau (France).

« D’abord elle fait des dessins comme elle voit le personnage de Tundra qui est un personnage non genré, ce n’est ni une fille ni un garçon, c’est Toundra. Et ensuite pour l’animer, elle va prendre une partie de la jambe, une partie du bras, le bâton séparément, la tête, et elle va introduire toutes ses différentes parties dans le programme d’animation. Ainsi, elle dessine les mains et ensuite elle va mettre les doigts dans le programme d’animation, pour animer, donner une « âme », et mettre en mouvement ses images. Pour cela, à l’instar d’un musicien, elle mixe ses images. L’œuvre d’Eva Magyarosi est d’une telle richesse qu’une exposition ne saurait suffire à en offrir un reflet fidèle. Installations, objets, sculptures, collages, vidéos… et le livre, l’un des chefs d’œuvres recelant en ses pages 120 dessins originaux, une vie d’artiste, entre chien et loup, intimité et sauvagerie, entre adultes et enfants, dans la magie des plaies ouvertes. La vidéo Invisible Drawings parle d’enfance, d’ancêtres, de transmission, du père bien aimé ; The Garden of Auras, jardin des délices version château français, parle de la puissance de l’imaginaire qui ressuscite même les cadavres enracinés dans les lierres d’un passé millénaire. »

Et pour mieux transmettre sa passion, Barbara Polla se fait traductrice de l’artiste :

« Comment puis-je raconter avec authenticité des récits privés dans un monde où l’industrie culturelle d’une part, et la nécessité de survie de l’autre, prospère simultanément, face à face ? Quelle importance accorder à la matérialisation de rêves personnels dans un monde aussi difficile, impitoyable que le nôtre ? Quelles sont les techniques et les méthodes, les symboles classiques et contemporains, que je puis utiliser pour désenclaver nos désirs, personnels et collectifs ? Mes œuvres existent tentent des réponses possibles à ces questions fondamentales pour moi. »

Le ton est donné… Nous ne serons pas déçu !

PAUL ARDENNE, RÉCITS TRÈS PRIVÉS

« C’est Barbara qui la fait connaître depuis une dizaine d’année maintenant. Ce qui la fait remarquer, c’est une œuvre de jeunesse appelée Fin du temps, des récits ciblés et corrélés à la vraie vie (comme dans Hanne, 2009, qui se nourrit encore de références à la vie privée de l’artiste). Le monde d’Eva Magyarosi est déjà construit autour d’une histoire simple et sobre entre jeunes adultes. Et ce qui m’a frappé immédiatement et m’a semblé extraordinaire, c’est d’abord ce choix du dessin animé, agrémenté à l’époque d’une technique d’incrustation de photos et d’images retravaillé sur des personnages déjà existant, des autoportraits parfois. Cela faisait un mixe extraordinaire. »

La Diagonale : C’était en quelle année ?

Paul Ardenne : «Il y a dix ans, Eva Magyarosi avait 25 ans.Pour caractériser Eva, du côté de la technique, il faut d’abord dire que c’est vraiment une artiste du dessin, de l’animation, avec un approfondissement de plus en plus sur le dessin animé. Elle a fini par supprimer progressivement les incrustations de photographies. Son travail devient de plus en plus graphique. Epuré, diaphane. » Et, côté propos, il y a toujours un sujet essentiel qui est condensé dans l’expression que j’ai donnée à cette exposition « Récits Privés », elle ne parle que d’elle ! »

Effectivement, si l’on observe chaque dessin ou chacune des séries animées, on observe à chaque fois que l’artiste nous parle de sa vie intime exclusivement.

LDA : C’est une histoire d’extimité. Et pourtant, si elle ne fait que se raconter, ce n’est pas du tout Facebooké, comme on peut le voir aujourd’hui avec une majorité de gens qui ne cessent de montrer « ce peu de réalité » de leur vie, leur sale petit secret. Le degré 0 de l’art comme le dénonçait Gilles Deleuze. L’art n’a rien à voir avec le compte-rendu de ses névroses, encore moins avec des histoires conjugales, familiales ou amoureuses.

Paul Ardenne :

« C’’est ce cadre qui m’intéresse. Car on voit aujourd’hui énormément d’extimité dans l’art, d’estime de soi, etc. »

LDA : Avec parfois une légitimité de bon aloi pour des minorées ( handicap, genre gay, minorités, etc.) Mais, on ne voit pas suffisamment que cette profusion d’extimité, ce désir de reconnaissance dans le regard de l’autre est aujourd’hui Facebooké par les techniques du numériques, et s’accompagne d’une forme d’appauvrissement de la manière dont on peut raconter sa vie.

Paul Ardenne :

« Chez la plupart de ces artistes du parti pris de l’extimité, cela part le plus souvent de bon sentiment, mais c’est souvent tellement conformiste, redondant, avec le sentiment d’avoir déjà vu ça des milliers de fois…Et puis surtout c’est terriblement ennuyeux ! »

LDA : On a également vu cela massivement dans le roman ces dernières décennies.

Paul Ardenne :

Effectivement, mais chez Eva Magyarosi si le propos reste purement conventionnel et d’une très grande banalité de prime abord, le traitement en revanche démultiplie complètement ce contenu dérisoire et vaniteux. Avec un style assez extraordinaire, pour Eva, surtout lorsque l’on voit la totalité de son travail aux proportions démesurées.

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L’URBANISME DU XXIe SIÈCLE – CIVILISER LA VILLE, SI POSSIBLE ET SANS ILLUSIONS / ARCHISTORM #92

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Mai 68, et puis quoi ?

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Ce que les fondations font à l’art contemporain

Avec Philippe Régnier, critique et directeur de la nouvelle revue The Art Newspaper Daily et Paul Ardenne, historien d’art à l’université d’Amiens, commissaire, auteur de “Heureux, les créateurs ? : l’art à l’âge postmoderne: ses amis, ses faux amis, ses ennemis” (déc. 2016).

Il y a une connivence entre un système qui veut une représentation somptuaire de sa puissance, et des acteurs qui sont les livreurs de cette puissance sur le plan de l’apparence. Ainsi se construit une dynamique symbolique à l’avantage du privé.

Fonds Hélène et Edouard Leclerc à Landerneau, La Maison rouge du collectionneur Antoine de Galbert, héritier du groupe Carrefour, fondation Louis Vuitton à Boulogne, fondation Lafayette Anticipations et Collection Pinault qui ouvrira l’an prochain: quelles sont les conséquences de la montée en puissance du domaine privé dans le monde de l’art?

C’est la meilleure et la pire des choses. Il faut faire extrêmement attention: certains artistes conserveront la mainmise sur la création de l’œuvre. D’autres se laisseront aller à une reconnaissance vite gagnée

Si elles font beaucoup parler d’elles, qu’est-ce qui se joue de manière plus souterraine dans cette montée en puissance du privé ? Cohabitent-elles ou concurrencent-elles les grandes institutions publiques ?

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Belly Le Ventre sur Esprit Presse

Le lecteur appréciera au fil des pages de ce roman une écriture riche, inventive et rythmée, imagée et savoureuse. Nous le refermons repus et satisfaits, comme consolés du temps qui passe et des petites misères du quotidien. Justement, à l’heure de l’hyper-vitesse, Belly Le Ventre s’offre comme une délicieuse façon de se poser, de prendre le temps de déguster chaque formule et de reprendre du poids par la lecture de ce texte hyper-calorifique. L’auteur nous conte la tentative des « Ventriens » de conquérir le pouvoir absolu sur les autres « Organiques », après avoir mis à mal le règne utopiste et sans saveur des « Unitaires ». Cette aventure, c’est Belly qui nous la raconte. Ce Ventrien pur gras s’adresse à nous, « Mondiens d’hier », afin de nous annoncer la fin prochaine d’une humanité censée fédérer tous les sens, toutes les sensibilités, tous les organes. Dans le monde imaginé par Paul Ardenne, le sens laisse place à l’organe et entreprend de gagner son indépendance vis-à-vis d’un fédéralisme mou et insipide. Dans ce futur, Belly nous fait alors découvrir la luxuriance hyper-protéinée d’une humanité ventrique pour qui seuls comptent le plaisir et la nourriture, que dis-je, l’engouffrement : « Le ventre agit pour être satisfait, point. » Une façon de questionner la phase anale de notre société, où nous passons notre temps et dépensons toute notre énergie à nous regarder, à nous dévorer, à nous repaître de nos instincts les plus vils ? Belly, le Gargantua du xxie siècle ?

Bertrand Naivin

Paul Ardenne dans “Milenio”, Mexico City

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Une histoire inimaginable que pourtant Paul Ardenne a imaginée

Belly le Ventre s’adresse aux gens du passé, c’est-à-dire aux gens d’aujourd’hui, pour leur conter une histoire qui se passe sur Terre, dans le futur. Une histoire inimaginable, que pourtant Paul Ardenne a imaginée, comme une fable sur le pouvoir et sur les hommes, lesquels, bourrés de contradictions, se veulent à la fois semblables et différents les uns des autres.

Au début était la République Unitaire: ses partisans avaient mis fin à la Querelle des Pas-Pareils. Les Mondiens devaient être tous pareils: tous pareils on ne peut pas se jalouser, se voler, se haïr. Il n’y aurait plus de violences, oh la belle vie tendre et molle! Tous pareils on n’a plus qu’à jouir de soi en étant sûr de ne pas susciter l’envie d’autrui.

Cet égalitarisme intégral n’était pas du goût de tout le monde. Les Organiques conspirèrent contre cet État monstre qui leur avait ôté leur identité. Pour l’abattre, ils se coalisèrent et créèrent la Forte Alliance des Huit Organes, la FAHO, c’est-à-dire l’alliance de ceux qui sont du Ventre, de l’Oeil, du Nez, du Cerveau, du Muscle, de l’Oreille, du Sexe et du Coeur.

Les Unitaires prétendaient, eux, qu’ils étaient de tous ces organes à la fois, des tout-en un. Belly, son nom pléonastique l’indique, est du Ventre, organe supérieur aux autres: en mangeant on peut continuer à vivre sans voir, sans sentir, sans penser, sans bouger, sans entendre, sans forniquer ou sans aimer, tandis que sans manger on ne peut tout simplement pas vivre…

La victoire de la FAHO sur la République Unitaire a d’ailleurs été acquise grâce à la stratégie guerrière des Ventriens, créer la faim: parce-que-si-tu-bouffes-pas-tu-crèves. C’est alors que l’Apartheidie Fraternelle a été fondée, la patrie des Organiques réunis, des heureux séparés, basée sur ce principe sage et pétri de bon sens: si l’on est différents, on ne vit pas ensemble:

On n’est même pas obligés de nous aimer, oh que non, on coopère si on veut et si l’on ne veut pas, eh bien on ne coopère pas. Évidente, limpide, cristalline Apartheidie que la nôtre! Séparés et amis, amis de loin plus que de près. C’est ainsi que nous sommes frères et soeurs, quelle que soit notre obédience.

Rien n’est durable en ce monde, les êtres et les choses tout comme les régimes politiques. Belly raconte ce qu’il advient de cette fraternité entre obédiences quand l’une d’elles vise à la suprématie. Ce picaro raconte aussi les moeurs de son obédience avec un vocabulaire que n’aurait pas désavoué François Rabelais ou que Jean-Marie Bigard ferait sien…

Il va de soif qu’un Ventrien comme Belly s’exprime en rotant et en pétant – pour ne pas dire davantage -, que ses propos sont de haute graisse et qu’il faut de l’estomac – et ne pas avoir les foies – pour avaler ce pavé parfois saignant. Mais la récompense est au bout du volume, dans l’épilogue, où le maître à penser du narrateur, Ptôse le bien nommé, paie de sa personne…

Francis Richard

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