“L’architecture fin du monde II” dans ARCHISTORM, n°104

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“L’architecture fin du monde I” dans ARCHISTORM, n°103

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“Crise sanitaire et mentalités culturelles. La sortie de la fiction” dans L’Observatoire des politiques culturelles, n°56

2_Observatoire des Politiques culturelle s n° 56 été 2020 texte Paul Ardenne_Page_1

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MÉTAMORPHOSES NATURE ET ANIMALE dans Inter, art actuel – revue d’arts visuels n°135

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Inter, art actuel – revue d’arts visuels

LA PIÈCE MANQUANTE

LA PIECE MANQUANTE - PROGRAMME DES VERNISSAGESLA PIECE MANQUANTE - PROGRAMME DES VERNISSAGES2

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A Momentous Exhibition | La Pièce manquante – The Missing Piece

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ENTRE-FERMÉ, ENTROUVERT

À propos de la dernière exposition de la galerie Analix Forever à Genève, « ENTROUVERT » , à visiter du 15 mai au 25 juin entre confinement et liberté, Paul Ardenne écrit un texte où apparaissent Alfred de Musset et Courbet, Ulysse et Kafka… et certains des artistes de l’exposition.

ENTRE-FERMÉ, ENTROUVERT

par Paul Ardenne

Le Grand Confinement restera dans les têtes comme un moment mêlé, de frustration et d’accomplissement. De frustration, parce qu’être privé de famille, d’amis, de travail en commun, de sorties, de rencontres, de fêtes collectives, de voyages n’est pas aisé à supporter durablement ni sans énervement. D’accomplissement, parce que depuis trop longtemps, dans notre monde tournant à surrégime, nous autres les confinés n’avions pu disposer d’autant de temps pour nous-mêmes, dans l’isolement.

Cette double affectation psychologique pourrait être désespérante, et elle l’est sans doute pour nombre d’entre nous. Se retrouver seul avec soi-même ? Ce peut être découvrir un soi décevant, qui n’a rien à dire de rien, qui n’est que lui-même et sans envergure, tout ce que d’ordinaire le rush de la vie coutumière obture derrière le rideau de l’activité quotidienne.

Stefan Imhoof, Sans titre, 2020, 30 x 40 cm, Encre sur papier
Stefan Imhoof, Sans titre, 2020, 30 x 40 cm, Encre sur papier

Mais ce peut être aussi un moment de ressaisie, de remise en ordre, de disponibilité à maintes découvertes. On a le temps, on a le temps pour soi, enfin. On fait comme Xavier de Maistre le tour de sa chambre et l’on découvre de l’intérêt à ce que l’on ne savait voir. De ce temps offert de façon inattendue, alors, l’on s’empare comme d’une aubaine.

Le créateur culturel – plasticien, écrivain, dramaturge, poète… – n’aborde jamais la création sans angoisse. Qu’est-ce que cela va donner ? Il ne suffit pas de se mettre face à une toile, devant une feuille blanche, un tas de glaise ou les cases vides d’une bande dessinée, sur une scène de théâtre ou derrière l’œilleton d’une caméra pour se voir garantir que d’un tel geste de création découlera une invention satisfaisante. Si l’actuel confinement ou semi-confinement, dans ce cadre, celui de l’action, a cependant un avantage, c’est de susciter un sentiment d’urgence accru. S’il n’est pas sûr que nous serons piégés par la pandémie, au risque de mourir à cause d’elle, il reste que le danger est là et qu’il conditionne dans nos têtes une relation changée au temps. Cette relation est une boucle mobile, un enchaînement qui tourne sur lui-même.

Stefan Imhoof, Sans titre, 2020, 30 x 40 cm, Encre sur papier
Stefan Imhoof, Sans titre, 2020, 30 x 40 cm, Encre sur papier

Le temps, qui peut nous être enlevé, est celui d’une angoisse rampante et dynamisante à la fois. Il impose que l’on s’active en se débranchant et que l’on se débranche en s’activant avec l’assurance que quelque chose au moins sera réalisé avant la maladie, avant la mort sinon plus prosaïquement, avant la fin officielle du confinement ou du semi-confinement qui nous verra sortir du terrier. L’ouverture au monde se voit remplacée par une entrouverture. On peut sortir, même si c’est sanitairement déconseillé, mais sortir, le faut-il ? On souhaiterait retrouver une vie ordinaire et libre mais on s’en voudrait de ne pas profiter d’une position de résilience. Exposition et protection, d’un même allant, en une semblable pulsion, se gémellent. Le désir d’être confronté au pire s’aboute à un identique désir d’être protégé pour le mieux. Faut-il qu’une porte soit ouverte ou fermée, pour en inférer par le titre d’une comédie d’Alfred de Musset ? Elle peut être ouverte et fermée. Entre-fermée, entrouverte.

Se terrer sans s’enterrer, donc. Se murer en laissant dans le mur une trouée de lumière, d’image et de monde venue de l’extérieur. Une trouée vers laquelle le regard vaque, de temps à autre. Une trouée par laquelle on peut passer les yeux, la tête puis le corps entier pour se retrouver dehors, le cas échéant. On pensera volontiers, pour illustrer cette situation, au curieux mur du fond barrant la perspective de L’Atelier du peintre, un célèbre tableau de Gustave Courbet. Le chantre du réalisme dans l’art s’y est portraituré occupé à peindre dans un vaste intérieur que viennent peupler maints personnages – un modèle féminin nu, un gamin, un chat, ses amis, ses ennemis – et autres objets – un crâne humain, une tenture représentant le Crucifié. Regardons le curieux mur du fond de l’atelier du maître d’Ornans. Il est translucide.

Laurent Fiévet, Tuesday, 2016, video loop, 232 min_video still
Laurent Fiévet, Tuesday, 2016, video loop, 232 min_video still

Il laisse passer le dehors dans le dedans et sans doute, inversement, le dedans dans le dehors. Ne voit-on pas s’afficher sur sa surface mal palpable un paysage de nature, des arbres, une trouée de verdure… Que peint Courbet sur sa toile posée sur un vaste chevalet ? Face à ce mur que l’on devrait imaginer fermé (“muré”, de fait), le peintre franc-comtois représente un paysage, l’orée d’un bois que surmonte un clair appel de lumière. L’Atelier du peintre, tableau par excellence de l’entre-fermeture, de l’entrouverture ? L’entre-fermeture, l’entrouverture, est-ce cette double position où le dehors n’est plus dehors et le dedans, plus dedans ? L’intérieur s’y retrouve à l’extérieur de l’intérieur et l’extérieur, à l’intérieur de l’extérieur. Tout repérage devient problématique. Le corps physique n’est pas forcément où siège le corps mental.

Vivre, le temps du confinement ou du semi-confinement, dans un terrier. L’atelier du créateur lambda, à l’instar de celui de Courbet, est un terrier. Le terrier ? Un lieu de repli : on s’y protège ; de vie : on s’y active ; de stockage : on y accumule des denrées, des souvenirs ; de stratégie : on y prépare ses sorties. Un lieu intermédiaire ? Sûrement pas. Un lieu du dedans en attendant le dehors, plutôt. Car vivre indéfiniment dans le terrier est impossible, quand ne faire qu’y passer ne justifie pas qu’il existe. Lieu opportun, alors ? Plutôt, oui. Terrier : ce mot renvoie en droite ligne au dernier texte, de titre éponyme, écrit par Franz Kafka durant l’année 1923, demeuré inachevé. Dans cette nouvelle très sombre (un sommet de paranoïa écrit par un tuberculeux qui se sait condamné), un personnage mal identifiable s’est réfugié dans un terrier créé de toutes pièces par son cerveau aux aguets. Ici au moins, il sera à l’abri de ses ennemis, quels qu’ils soient : ses semblables, ses dissemblables, la maladie qui sait ?, un horrible virus aux pouvoirs létaux. Tout va bien ? Presque. Le problème de ce terrier, à l’instar des maisons ou des appartements où nous nous confinons ou semi-confinons, c’est une autarcie imparfaite. Tôt ou tard, il faut sortir. Et sortir au risque d’échouer sur cet écueil potentiel, la présence, dehors, hors le terrier, du danger. Le terrier protecteur, à l’égal, se fait piège constricteur. Trop y rester c’est risquer l’asphyxie, la faim, quand en sortir c’est rien moins que risquer la mort, en attirant qui plus est sur soi l’attention de l’ennemi. Rester dans le terrier est-il plus aisé qu’en sortir ? Un certain temps, rester n’est pas un rude souci. Tant que les vivres sont suffisantes. Mais après ?

Debi Cornwall, Smoke Break,, Camp America, 2014, de la série Welcome to Camp America - Inside Guantánamo Bay, Archival Inkjet Print
Debi Cornwall, Smoke Break,, Camp America, 2014, de la série Welcome to Camp America – Inside Guantánamo Bay, Archival Inkjet Print

Revenons à notre créateur et à sa relation à l’entre- fermeture, à l’entrouverture que prodigue le séjour dans son terrier. Tant que l’occupation consistant à y créer, donc à s’y occuper de soi-même, se suffit à elle-même, nul mouron à se faire. Le terrier est habitable, vivable, bienvenu. Mais quand plus rien de la vie du terrier et de son économie propre ne s’avère suffisant ? Toutes les histoires d’enfermement – à l’exception de la folie ou de la captivité à perpétuité – sont des histoires d’exode, de sortie, d’exit. Il faut qu’Ulysse sorte de chez Circé ou du royaume du cyclope Polyphème pour que l’Histoire puisse continuer. La création artistique, ce chantier du dedans, réclame un dehors. Elle souffre de n’avoir d’autres destinataires que le créateur lui-même, en tant qu’unique public de son œuvre, ou uniquement des interlocuteurs imaginaires, ce public rêvé mais de facto facile, malléable et manipulable auquel le créateur se confronte mais qui en vérité ne compte pas.

Glisser son œuvre, le fruit de sa création mitonnée pendant le confinement, hors du terrier expose l’œuvre non à la mort – les créations culturelles sont difficiles à tuer – mais à un devenir incertain. Tout le temps du séjour créateur dans le creux du terrier, cet équivalent d’une matrice, la création s’est donnée dans la séparation, révélée sous condition et épanouie dans un cadre strict, clos et contracté, étouffant peut-être. Mais que l’œuvre qui en est le fruit, poussant la porte, quitte le terrier, elle se met à rendre compte de tout autre chose : cette œuvre devient une mémoire, un acte de marquage, le témoignage après-coup d’un événement singulier vécu d’une manière non moins singulière. La mémoire, l’acte de marquage, le témoignage qu’incarne l’œuvre créée en temps de confinement sont-ils fidèles à l’expérience vécue, sont-ils recevables en dehors, rendent-ils compte de la vie passée dans le terrier ? Chacun, en en prenant connaissance, fera son opinion. Ce qu’ils sont, en tout cas – de cela soyons assurés : les restes archéologiques de l’entre-fermeture, de l’entrouverture, ce qui reste quand la porte de l’atelier-terrier, enfin, peut être ouverte et être franchie, sans plus de risque.

Paul Ardenne
Mai 2020

Céline Cadaureille, Maison Boulet, 2013, 60 x 40 x 70 cm et chaîne de 180 cm, Plaques en fer soudées et chaîne
Céline Cadaureille, Maison Boulet, 2013, 60 x 40 x 70 cm et chaîne de 180 cm, Plaques en fer soudées et chaîne

Réouverture et prolongation de l’exposition “Humanimalismes” à Topographie de l’Art !

Topographie de l’Art a le plaisir de vous annoncer sa réouverture le MARDI 19 MAI 2020 ! L’exposition “Humanimalismes” ayant été interrompue, elle sera prolongée jusqu’au 18 juillet. Les mesures de sécurité sanitaire seront appliquées. L’entrée sera limitée à 5 personnes à la fois. Plus d’informations

Robert Gligorov, King Fish – détail – 1998 – capture d’une performance live, photo Cibachrome sur aluminium. © Courtesy de l’artiste et d’Aeroplastics, Bruxelles.

Au Maroc, l’art post-confinement

Capture d’écran 2020-04-16 à 13.14.53

Cette semaine, le magazine culturel VARIATIONS essaye d’imaginer le post-confinement. Podcast à écouter, ici !

Avec Paul Ardenne, Historien de l’art, commissaire d’exposition et universitaire ; Mehdy Mariouch, photographe casablancais qui oscille entre le photo-journalisme et la photographie d’art ; Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste ; Hicham Lasri, cinéaste, metteur en scène, bédéiste et romancier ; Hicham Benabderrazik, musicien et prof de guitare ; Yahya Zitan, musicien et auteur compositeur ; Omar El Kindi, militant associatif ; Hamza Lyoubi, chargé de projets culturels