Paul Ardenne, “Smiljan Radić Clarke, Pritzker Prize 2026 : l’architecture d’un seul », Archistorm n. 144 été 2026.

Le 12 mars dernier était attribué au Chilien Smiljan Radić Clarke le Pritzker Prize 2026. Effet de surprise garanti : la récompense, contrairement a l’usage, n’allait pas cette fois a un architecte reconnu mais, tout au contraire, a un outsider du milieu, humble et modeste qui plus est.

Paul Ardenne à propos de l’exposition de Lélia Demoisy à Chamarande, Art Press 545 été 2026.

Une artiste praticienne de la « chirurgie poétique » appliquée à la nature ou inspirée de celle-ci, dans l’esprit de l’art écologique.

Paul Ardenne, « Ferveur organique », Art Press n. 544 juin 2026.

À propos de l’appétence toujours plus poussée des artistes contemporains pour le matériau sensible d’origine organique : eau, air, terre crue, pétrole, lichen, moisissures…

Paul Ardenne, L’anthropocène, qu’espérer ?

Conférence de clôture de la journée d’études « Espoirs : nos institutions au prisme du possible » (org. : département Esthétique et Études culturelles, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Académie du Climat, Paris, 17 avril 2026.

Paul Ardenne, « L’art au vert », chronique L’époque, Art press n. 542, avril 2026

Tirant prétexte des trente ans de Rurart, une structure de l’ouest français spécialisée dans l’art et la ruralité, cette réflexion interroge les ressorts de la création non-urbaine, en milieu rural, et ses spécificités. Existe-t-il une création particulière propre à l’univers ce la ruralité, et si oui, en quoi celle-ci diffère-t-elle de la création en milieu urbain, largement dominante à ce jour ? Complémentarité ou différence ?

Paul Ardenne, « L’ombre, nouvelle alliée des bâtisseurs », Archistorm n° 137 avril-mai 2026

L’architecture, pour se rendre visible, mise fréquemment sur le spectaculaire (monumentalité, épate, morphologie inattendue). Sans la lumière, cependant, cette pulsion à resplendir faillit en bloc. Éteignez, la nuit venue, Las Vegas ou Chongqing et plus rien ne reste de ces villes lumières électriques sinon leur ennemie absolue, la sombreur, l’ombre. Pour autant qu’elle la masque, l’ombre n’est pourtant pas ennemie de l’architecture. Elle cache, au lieu de montrer et dissimule au lieu de pavoiser ? Qu’à cela ne tienne. Ses bénéfices sont, tout autant, réels. Car l’ombre, aux bâtiments, confère visuellement leur tridimensionnalité, sculpte façades, saillants et renfoncements, marque dynamiquement le temps du jour, en compagne des mouvements du Soleil. Avec le réchauffement climatique, elle devient de surcroît une alliée de poids. La pierre blanchit-elle sous la lumière au point d’aveugler, le béton surchauffé sous midi irradie-t-il son trop de chaleur, tout indique alors que l’ombre sera secourable. De quoi la hisser au rang de constituant majeur utile aux bâtisseurs.

Paul Ardenne, Green Soul. L’anthropocène : cultures, arts, imaginaires, La Muette/BDL, 300 pages, 24 euros, parution le 4 avril 2026

L’objet de cet essai est de circonscrire la culture, les expressions créatives et les imaginaires propres à l’anthropocène. Dévastatrice, agressive pour l’environnement, l’« ère de l’homme » engendre de multiples réactions, du désespoir dystopique à la prospective correctrice, du climatoscepticisme au déni, du combat activiste et de la quête de nouveaux « récits » au réenchantement naturiste, tous comportements nourris par la crise écologique qu’enregistrent XXe et XXIe siècles.

Le champ culturel, intellectuel, artistique et imaginaire résonne de cette inflexion.

https://www.lamuette.be/shop/essais-1/green-soul-lanthropocene-cultures-arts-imaginaires-31?fbclid=IwY2xjawQhIa5leHRuA2FlbQIxMABicmlkETBWVGN4RHJIaUFDYkEwSGJ5c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHqPjcKlYxJY_WMV39bqYmfhh3oXNcs94wtS3SFlsMvRCYObCAJA60ID4Z9oG_aem_2PAwxCry7EL7BOPmBIeFKw

Ali Kazma, une éthique du regard, interview par Paul Ardenne, Art Press n. 541 mars 2026

Vidéaste turc, Ali Kazma (Istanbul, 1971) est connu pour s’intéresser à l’activité humaine dans les domaines industriel, scientifique, médical, social et artistique. Personnes au travail, lieux de recherche, laboratoires et espaces de création, bureaux et demeures d’écrivains, ou encore usines sont ses sujets privilégiés. Son but : rendre palpables les gestes organisant la vie matérielle, technique et intellectuelle. Sa « manière » de faire image, économe, refuse la mise en scène théâtralisée et entend éviter toute quête de la beauté ou du sublime. Fournir une image du « vrai », voilà pour Ali Kazma la véritable éthique du regard.

Près de dix ans après son exposition au Jeu de Paume, à Paris (2017), l’occasion est donnée ici de m’entretenir avec lui, avec qui j’ai fréquemment collaboré – commissariats d’exposition (C24 Gallery, New York, 2012), essais illustrés (Apologie du dragster. L’espace-temps intense, 2018) ou coréalisations vidéographiques (Écrivain, 2020). Thème principal de cette discussion : la valeur des images à l’heure de leur prolifération hyperbolique et de l’élision du « regard pensif » (Régis Durand).

Paul Ardenne, chronique « L’époque » Art Press, février 2026 : « Au secours de l’espoir »

Chaque nouvelle année sur le calendrier de nos vies est l’occasion d’une mise en perspective : que sera cette année à venir ? Sera-t-elle meilleure que la précédente, ou moins bonne ? La perplexité est de mise, nourrie de l’interrogation, née de nos cerveaux anxieux, que souffle la Critique de la Raison pure d’Emmanuel Kant, « que nous est-il permis d’espérer ? »

Espérer, du verbe latin sperare, « considérer quelque chose comme devant se réaliser ». L’heure n’est plus forcément, comme aux temps kantiens, à placer notre espoir en l’immortalité de l’âme, en une temporalité extraordinaire seule à même de permettre de parachever notre construction morale jusqu’à l’obtention du Souverain bien et de la récompense qui en est le hochet, la vie éternelle bienheureuse. L’heure est à affronter plutôt, pour nombre d’entre nous, humains de l’an 2026, le ras des choses, une rude réalité pour le moins, qui laisse peu d’amplitude, elle, à l’espoir.

Faute d’une réponse tangible, tournons-nous vers le champ culturel en espérant y trouver de bonnes raisons de voir l’avenir sinon en rose, du moins dans un coloris clair. Ce qui n’est nullement garanti, à ceci près : c’est le désespoir, à présent, qui y vient au secours de l’espoir.

Paul Ardenne, Art press n. 540, février 2026 : exposition « Theatre of Cruelty » Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain / 15 nov. 2025-8 févr. 2026

Concept forgé par Antonin Artaud dans Le théâtre et son double (1938), le « théâtre de la cruauté » recentre la forme dramatique sur le corps vif, ses affects extrêmes et sa violence expressive, contre les primats du texte, de l’intrigue psychologique et du jeu raisonné. Cette formule viscérale, fortement émotionnelle, implique une création où l’acteur s’abandonne à la pulsion, à l’angoisse vécue et à toutes les exaltations. L’acteur, écrit Artaud, doit s’offrir au spectacle comme un « supplicié sur son bûcher ». Conçue par Agnes Gryczkowska, cette exposition collective luxembourgeoise signale l’inclination de cette commissaire, autrice et musicienne pour les formes d’expression « profondes », en rupture avec la rationalité et les poétiques douces ou limpides.