“INEXISTER” par Paul Ardenne dans INTER Art Actuel n°138, Nov 2021

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Paul Ardenne à Casablanca, à propos d’Art immersif

Un art de la perte de la consistance physique (l’art immersif ou comment « désaffronter » le corps)

Je veux d’abord remercier Majid Seddati pour sa cordiale invitation à ces rencontres internationales d’Art vidéo de Casablanca, à plus forte raison dans les circonstances actuelles. Le festival, nous le savons, a dû être repoussé à deux reprises à cause des récurrences de la pandémie de Covid-19.

Cette pandémie du Covid-19, loin d’être terminée (à l’heure où je parle, on enregistre les débuts d’une cinquième vague de contamination en Europe occidentale), a cette conséquence directe, que j’entends bien rappeler avant d’en venir à ma conférence : nous obliger à nous occuper de nos corps, à travers la gestion de notre santé et de sa préservation. Nos corps, à cette occasion, que nous avons découverts plus fragiles que nous le pensions, plus exposés à la maladie et à la mort que ce que nous pouvions envisager avant l’automne 2019 et le déclenchement de la pandémie.

Comment relier ce constat, celui d’un retour au corps physique, celui d’un come-back à la physique des corps, celui de la gestion d’un corps charnel et mentalement tourné vers lui-même et vers sa corporéité vécue et incarnée, comment relier donc ce constat d’un retour au corps physique à la question même de l’« immersif » ? À la question, pour être plus précis, d’une culture de l’immersion, culture de l’immersion dont nous constatons depuis quelques années l’extraordinaire prodigalité ?

Car en effet, nous sommes plus « immergés » que jamais, plus que jamais en immersion.

Comment cette immersion de nous se manifeste-t-elle ? Déjà, nous passons de plus en plus de temps derrière nos écrans d’ordinateur, ce que la pratique du travail à distance, avec la pandémie de Covid, a accentué. Nous passons de plus en plus de temps, aussi, face à nos écrans de moniteurs et de TV, à consommer films et séries TV. Plus « immersif » encore, nous nous acclimatons toujours plus à des spectacles d’un nouveau genre, particulièrement spectaculaires, dont l’effet esthétique fort est de « ravir » nos corps (« ravir » au sens de voler, dérober, escamoter). Je songe par exemple à cette technique nouvelle de présentation des images, se développant aujourd’hui à grande vitesse, qu’est le mapping, projection en extérieur qui permet d’éclairer et de colorer de grands bâtiments, de qui impressionner les spectateurs, du fait du gigantisme des images projetées. Autre exemple, lui aussi très en vogue, les environnements immersifs de l’âge numérique. On ne va plus voir, dans ce type d’exposition, des tableaux de Van Gogh ou de Gustav Klimt accrochés sur une cimaise. Non, on évolue en lieu et place au milieu d’un espace tridimensionnel tout entier tapissé d’images représentant les tableaux de ces maîtres, et ce, en plus, dans une atmosphère travaillée avec effets spéciaux visuels et sonorisation. L’exposition d’art immersive sera rendue plus attractive encore, comble de sophistication, lorsque les spectateurs que nous sommes sont invités à chausser des casques VR permettant l’exploration à 360 ° d’un espace fictif. Confronté à ce type de proposition plasticienne, le corps perd ses repères, il en vient même à perdre tout contact avec lui-même, absorbé qu’il est totalement par le spectacle. La formule artistique à laquelle nous nous confrontons, dans ce cas, induit la perte généralisée de la consistance physique. Promenons-nous, notre casque de vision sur les yeux, dans un environnement VR : l’étonnement, l’émerveillement même devant le spectacle auquel nous sommes conviés, ce spectacle serait-il immatériel, a pour effet la quasi-dissolution de nos corps de spectateurs, une situation de « désaffrontement ».

Nous savons ce qu’est l’affrontement : le fait de faire front, de faire face, d’opposer une force à un événement contraire. Le « désaffrontement » (forgeons ce néologisme sans état d’âme, il correspond à une situation de vie « passive » aujourd’hui massive), c’est exactement l’inverse : nous ne faisons plus front, nous ne faisons pas face, nous n’opposons plus aucune force. Tout se passe comme si nous n’étions plus en position d’affronter notre corps pour cette raison : à ce corps, le spectacle nous arrache. Dans ce moment particulier de contemplation totale, nous devenons en effet une surface sensible entièrement et solidairement tournée vers le spectacle, à ce point extrême, qui constitue un dépassement de la perception vigile : nous oublions notre corps, nous ne consacrons plus rien de notre attention au corps même qui ressent, le nôtre pourtant. Crime parfait au registre de la déshumanisation : nous avons tué le corps, notre corps conscient du moins, en donnant notre humanité au spectacle. 

Voici donc la situation posée, particulièrement problématique en cette période de pandémie du Covid-19. D’un côté, de concert avec la pandémie, est mis en exergue le corps de chair, un corps toujours menacé d’être contaminé, évoluant parmi d’autres corps de chair toujours menacés d’être contaminants sur fond de refus de mélange physique et de refus de l’immersion du corps personnel dans le grand corps social. De l’autre côté, façonnant cette culture de l’immersion, est mis en exergue un même corps, le nôtre, mais un corps que nous voudrions oublier en nous donnant à des spectacles sidérants si impressionnants qu’à leur contact nous oublions tout, à commencer par nous-mêmes. Car c’est bien d’abord cela, la culture de l’immersion : une culture contre l’incarnation, le choix de l’anti-incarnation.

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« Biennale d’architecture de Venise, le bilan : une biennale pour y voir moins clair » dans ARCHISTORM, n°111

“How will we live together?” — «Comment vivrons-nous ensemble, à l’avenir ?» Sous cet intitulé interrogatif et lapidaire, la 17e Biennale internationale d’architecture de Venise a proposé en cette année 2021 une question piège, de celles dont on peut craindre qu’elle n’accouche de fausses expertises. Était-ce là l’intention malicieuse ou perverse (rayer la mention inutile) de son commissaire, l’architecte libanais Hashim Sarkis ? Les réponses à l’interrogation, on le pressent, sont diverses, époque trouble telle que la nôtre oblige. Formulées avec autorité par les architectes participants, chacun y allant de son point de vue bien formé, elles invitent à réfléchir autant au devenir architectural qu’à celui de l’expertise, en crise profonde quelque domaine que l’on aborde — dont l’architecture et l’urbanisme.

“Hors de notre vue mais pas de l’esprit du temps” par Paul Ardenne, dans REVUE DE PARIS – Partout où passe le vent

(N°34) Par Paul ARDENNE – 

La problématique dite de l’« artiste sans œuvre » n’est pas expressément nouvelle. Dès le 19e siècle, dans les cercles les plus radicaux, la question est posée de l’utilité de l’œuvre d’art. Au juste, à quoi cela sert-il, une œuvre d’art ? On l’utilise diversement pour la regarder, pour décorer une place publique, pour égayer notre quotidien… sans que notre vie en soit changée, du moins de façon notoire. Ce critère d’agrément, de futilité disent certains, cet aspect accessoire de l’œuvre d’art peuvent légitimement déranger. Ils fournissent au demeurant la célèbre formule de Nietzsche pour qui « nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », comprendre : l’art est une consolation, un narcotique, il nous allège un instant, le temps que nous lui consacrons, à la pensée de la mort, de notre finitude inéluctable, et de l’absurdité ou peu s’en faut de toute vie. Un écran de fumée.

S’alléger de l’œuvre d’art, soit. Mais que reste-il à l’artiste, s’il renonce à créer ? Que lui reste-t-il, d’abord, pour se faire valoir auprès d’autrui ? Le narcissisme, Freud nous le garantit, est le plus puissant moteur de la création moderne : on crée d’abord pour être admiré(e), aimé(e). Que lui reste-il encore, à ce même artiste, s’il entend bien jouir de faire, de concevoir, de fabriquer ? La fabrique, le « travail » sont pour tout créateur des données essentielles, rien moins que salvatrices (Hannah Arendt, avec raison, fait du travail créatif le Travail par excellence, avec majuscule) : enlevez-moi mon temps de création et je dépéris, je verse dans la mélancolie.

Se « désartialiser », enlever de soi l’obsession de créer : pour ce faire, certains artistes modernes qui ne souhaitent pas expressément être « utiles », faire œuvre d’utilité, fourbir le monde des collectionneurs et des musées en créations de leur cru vont répondre par une posture subtile, la posture ironique. Ceux-ci continuent de créer mais tout en faisant croire qu’ils ne sont pas dupes du peu de valeur de ce qu’ils créent. Les Incohérents, le Duchamp inventeur du readymade, les artistes revendiquant d’être « idiots » (dit Jean-Yves Jouannais), l’artiste s’autoproclamant « nul » Jacques Lizène…, en un même ensemble tactique, invalident pour partie l’« Art » avec majuscule, le « Grand art », renvoyé par eux au rang de « vestige » (Jean-Luc Nancy). Ce tour de passe-passe, en matière de « faire », est toutefois peu opératoire. Car même créer une œuvre d’art « nulle », à l’image des bien-nommées Croûtes de Gérard Gasiorowski, copies méticuleuses des toiles des plus mauvaises des peintres du dimanche, n’est pas si simple, et cela en passe encore par la livraison d’une œuvre d’art visible. Inefficace.

S’alléger de l’œuvre d’art, alors quoi ? Une autre stratégie, plus brutale, moins ambiguë celle-là, consiste à cette fin dans la pratique de l’art dit « furtif ». L’art furtif apparaît avec les années 1960 dans le sillage de l’art conceptuel, une forme de création critique dont l’obssession est d’échapper à l’esthétique de la « belle œuvre », de la séduction du regard (même en le dégoûtant) et de garder la haute main théorique en matière de « sens » de la création. L’artiste plasticien adepte de l’art furtif crée sans rien montrer de ce qu’il fait, à l’image de Douglas Huebler en 1969, lorsque l’artiste américain dépose entre deux bâtiments, aussi invisible qu’indétectable, un gaz inerte. À l’image, encore, d’un Fred Sanback, dont les sculptures minimalistes de fil s’avèrent si ténues qu’elles en deviennent parfois moins que visibles.

Décider d’être un artiste « furtif » n’est pas innocent, au regard d’abord de la question de la notoriété, toujours essentielle dans le processus de la reconnaissance publique, en général chère aux artistes. « Être connu, visible, désigné, reconnu comme un artiste ? Non merci. » Laurent Sfar, sur la place de la République, à Paris, déambule avec aux pieds des chaussures qu’il a dotées avec Sandra Foltz de lacets de plusieurs mètres de long, en simple marcheur. Irruption physique de type performance que celle-ci, insolite pour sûr (« Monsieur, vous n’avez pas noué vos lacets ! ») mais qui ne dit pas son nom, qui n’annonce pas to go : « Attention artiste ! Attention art dans le périmètre ! »

Sandra Foltz et Laurent Sfar, Marche, 2000, vidéo documentaire, 1 mn 32 sec. Images extraites de la vidéo.

L’art furtif a cette particularité amoindrissante notoire, chère à l’artiste, du coup, qui entend ne pas se stariser, qui s’applique à créer dans son coin sans alerter personne, qui refuse de faire œuvre et en même temps de faire spectacle : il est pour l’essentiel invisible, il advient sans que quiconque ne s’en rende compte ou sans qu’on le prenne pour ce qu’il est réellement, à la manière du « perturbationisme » d’un Gilbert Coqalane. Ce dernier, devant un restaurant de l’enseigne de restaurant Buffalo Grill, attaque une sculpture de bison qui y sert de décor avec un arc et une flèche – il se fait arrêter bientôt par la police pour trouble à l’ordre public et dégradation de propriété privée.

En termes symboliques et sémantiques, la pratique furtive « recadre » l’artiste qui la pratique, du son plein gré. Elle indique que la reconnaissance transnarcissique inhérente au processus courant de la création qui s’expose n’est pas, cette fois, recherchée. Schéma ordinaire : « Je te donne mon œuvre, moi artiste, et toi spectateur tu me reconnais ; ce faisant, je te permets d’exister tout comme moi je te permets d’exister comme mon juge ». Schéma inhérent à l’art furtif : « Moi artiste, je ne te donne rien, à toi spectateur. Si je ne me passe pas de moi (je crée), je me passe fort bien de toi (je ne te montre rien de ma création) ». Rupture du pacte conventionnel exposition-reconnaissance-admiration-élection propre à la mise en circuit publique de l’œuvre d’art par son concepteur.

L’art furtif, que beaucoup ne comprennent pas voire jugent stupide (à quoi peut bien servir une création en arts visuels si on ne la voit pas et si on nous la cache ?), est une pratique autant qu’un symptôme, celui d’une lassitude des codes mêmes de l’élection et de ses ressorts (la notoriété construite de toutes pièces, la mode, l’appui médiatique, la valeur acquise sur le marché des biens culturels). L’artiste furtif, pour sa part, aborde l’art de façon différente, non en opposant de principe (il mène une guerre en général solitaire et autocentrée) mais en personnalité lasse. En personne fatiguée, pour le dire autrement, des codes de validation, et de l’œuvre d’art, et de l’artiste qui la produit. Pour créer heureux, créons cachés. Hors de la vue publique.

De là, la consolidation d’un principe d’invisibilité de l’art qui accouche avec le tournant du 21e siècle d’un genre à part entière, l’art dit « invisuel » – non visuel, pas visible, se refusant au spectaculaire et même au principe du spectacle. Corina Chutaux Mila, autrice d’Esthétique de l’art invisuel (2021), définit celui-ci de la sorte : « L’art invisuel est une forme qui met en valeur l’art sans s’embarrasser du matériel, du réel, en somme : on se déleste de l’idée même d’’’œuvre d’art’’ ». Précisions ? « « Les artistes de l’Invisuel, continue-t-elle, se servent dans leurs pratiques des objets ordinaires, sans pour autant les détourner de leur nature première, pour les transformer en objets d’art. L’Art Invisuel peut être le conteneur de différents mouvements artistiques, des stratégies disruptives pensées à l’encontre du système artistique même, des modes de vie, et pour simplifier, de toute attitude, activité ou idée qui révélerait des qualités artistiques non rétiniennes, et par conséquent invisuelles. »

L’art invisuel ? Une création échappant à la perception, visuelle d’abord et par extension, médiatique. Une création, en cela, retorse au principe de la communication et militant contre celle-ci au regard de ce qu’elle est devenue à l’ère capitaliste-consumériste-individualiste, une propagande de marché (Mario Perniola, Contre la communication). Comme tel, agent de dérèglement et de trouble dans l’artosphère, l’art invisuel pose le problème de la disparition non de l’art mais celle de ses appareils de légitimation (le « MMM », le « 3M », « Milieu, Marché, Musée »), tout en s’appliquant à promouvoir à terme cette disparition. Un chantier esthétique fort, qui requerra, n’en doutons pas, un long et obstiné combat.

Paul Ardenne est écrivain et historien de l’art. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’art et à la culture d’aujourd’hui : Art, l’âge contemporainUn Art contextuelExtrêmeArt, le présentHeureux, les créateurs ?Un Art écologique… Il rédige actuellement l’ouvrage Hors de vue. De l’invisuel et de la disparition physique de l’art pour les éditions de la Biennale de Paris.

Photo en-tête : L’artiste Gilbert Coqalane décoche des flèches dans la sculpture en forme de bison trônant devant le restaurant Buffalo Grill d’Essey-les-Nancy, 2021.

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« The Green Path » par Paul Ardenne dans ArtCritique

Dimitra Dede, Glacier du Rhône, Photographie imprimée sur papier Canson, 51.5cm x 50cm, 2019 © Dimitra Dede

« SHARING PERAMA » : partager Perama. Mais qu’est-ce que Perama ? Cette lointaine banlieue d’Athènes, en bord de mer Egée, a été créée il y a un siècle conséquemment à l’effondrement de l’Empire ottoman et le transfert de populations grecques depuis l’Asie mineure. Perama est aussi le terminal des ferrys pour Salamine et la mer Egée. Ce lieu d’habitat récent et moderniste rassemble une population, sinon marginalisée par la crise économique que connaît la Grèce depuis dix ans, à tout le moins maintenue aux frontières de la pauvreté. C’est là que Barbara Polla, qui préside aux destinées de la galerie Analix Forever (Genève), a amarré son bateau.

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“Rencontres des arts visuels d’Angers – Penser l’art dans la ville”, 15 et 16 octobre 2021

Vendredi 15 octobre 2021
10h Conférence introductive
La ville comme objet d’art” (45 mn), par Paul Ardenne

La modernité a fait sortir les artistes plasticiens des ateliers. Investir le territoire urbain, pour ceux-là, devient avec le 20e siècle une pratique de plus en plus courante, portée par la volonté de l’intervention directe. Art “Action”, performances publiques, street art, art participatif… La ville se théâtralise spectaculairement tandis que l’art conventionnel, coffré dans les musées et les galeries, voit sa qualification contestée. Les prémices d’un nouvel âge démocratique de l’art et de la culture .

Paul Ardenne est historien de l’art et écrivain. Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’art dans l’espace public, notamment L’Art dans son moment politique (La Lettre volée), Un Art contextuel (Flammarion), Heureux, les créateurs ? (La Muette).

PROGRAMME COMPLET & INSCRIPTIONS

“Roméo Mivekannin. Du blanc au noir” par Paul Ardenne, dans ICTUS n°1, juillet septembre 2021

Les Trois Grâces, Venus hottentotes, Jardin d’Acclimatation de Paris, 1888, 2020, Acrylique, bains d’élixir sur toile libre, 273 x 255 cm. Courtesy Galerie Eric Dupont, Paris

De la façon la plus assumée qui soit, Roméo Mivekannin est ce que l’on appelle, dans le jargon de l’art contemporain, un “appropriationniste”. Point de départ de ses toiles : des photographies ethnographiques de l’ère coloniale, des tableaux, aussi, surtout, de maître occidentaux. L’artiste en détourne le contenu par reproduction à l’identique non sur des toiles conventionnelles mais sur des bouts de textile récupérés, batiks et autres toiles de jute cousus entre eux et trempés dans divers élixirs, selon la tradition Vaudou. Pas de couleur mais, de façon uniforme et déclarative, du noir et blanc. Effet sépia garanti, comme à évoquer un monde ancien qui perdurerait malgré tout. […]

“Le choix du peuple. Architecture et appropriation sociale” dans ARCHISTORM, n°109/110

La logique serait que le “peuple” choisisse l’architecture dans laquelle il veut vivre, et la construise. Cette revendication d’autoconstruction, depuis les années 1950 et aujourd’hui plus encore, fait son chemin, concrètement. Avec des tensions, non forcément attendues, et cette question : et si l’architecture que veut le “peuple”, tout compte fait, s’avérait faible, sans ambition, livrée aux excroissances du kitsch, du spectacle et de la vulgarité ? 

VIVRE AVEC UN TROP-PLEIN D’IMAGES

Paul Ardenne Festival cinéma-vidéo de Gabès (Tunisie)
Conférence donnée le 24 juin 2021

La prolifération contemporaine des images, l’iconophilie dévorante, la surconsommation des représentations : comment vivre avec ? comment en vivre ? comment accepter cette situation de bonne grâce sans jeter l’opprobre sur la représentation et ses simulacres ?

A voir, ici

POÉTIQUE DE LA PLANTATION ET ZONES D’ACCUEIL VÉGÉTAL

Par Paul Ardenne
dans le cadre de Écologie Créative

Courtesy Sam Van Aken Studio

« Les formes de l’écologie ont résolument besoin de nouveaux récits pour se régénérer. » Ainsi s’exprimait la spécialiste de l’art dit « écologique » Bénédicte Ramade en 2015. Souhaiter l’émergence de « nouveaux récits » à toutes fins que l’art environnemental se « régénère », oui, mais comment ? Comment être autre chose qu’un regard sur le monde exercé depuis le dehors – le regard de l’éternel spectateur. En finir avec l’artiste-spectateur du monde : cette option radicale, la modernité va l’estimer viable. Les années 1960, de la sorte, intronisent un nouveau type d’artiste, dit activiste ou mieux encore, par contraction des deux mots « art » et « activisme », « artiviste ». Pour l’artiviste qui s’engage dans le combat écologique, la création en passera dorénavant par l’action de terrain. Son choix ne sera pas juste « représenter » les malheurs de l’environnement aux prises avec sa dégradation croissante. Mieux que cela, va estimer l’artiviste : ce sera agir avec l’environnement, dans celui-ci, pour celui-ci.

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